7.12.11

Couleurs - Les consignes


Ateliers de la coquille
Saison 9 - 2011-2012 - n° 6 - 29 novembre 2011
Couleurs


Chauffe massage escargot et petite visualisation.

1 - D’après les "Pensées classées", de Georges Perec
Entrer dans la litanie, entrer dans la liste :
Je n’aimerais pas vivre… mais parfois si

11 - Couleurs

Sans utiliser la couleur proposée, laissez monter la phrase qui va avec, celle qui lui va bien, qui symbolise pour vous cette couleur, la phrase représente et métaphorique.
Bleu
Blanc
Vert 
Orange
Rouge
Jaune
Violet
Noir
Rose

111 - Le grand texte

• En utilisant dans votre texte, trois des phrases (au minimum) précédemment écrites.
• Avec pour incipit une de vos :  “Je n’aimerais pas vivre… mais parfois si”
Écrire un monologue intérieur (si possible qui ne vous ressemble pas trop ;-)) ayant pour titre 

La couleur des sentiments

111 - On termine avec le petit jeu de la Coquille qui devient grand

Couleurs 3 - Perec



Atelier du 29 novembre 2011 : 
Hommage à Georges Perec

« Je n’aimerais pas vivre … mais parfois, si. »

Je n’aimerais pas vivre, je n’aimerais pas mourir mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre aux crochets de l’autre mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre en Italie mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre et laisser mourir mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre sans toi mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre sans toit mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre sans moi mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre sans mois mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre sans sol mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre sans marteau mais parfois, scie. 
Je n’aimerais pas vivre sans poisson mais parfois, scie. 
Je n’aimerais pas vivre au rabais mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre sans filtre mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre sans histoire mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre sans fin mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre sans manger mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre sans avoir vu Syracuse mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre dans une routine étouffante qui assurerait ma sécurité mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre à petit feu mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre sans foi ni loi mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre une autre vie que la mienne mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre sans les apéros festifs de Marie-Andrée mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre pour rien mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre inconnu de tous et privé de succès mais parfois, si. 





Sensations et mots sur des couleurs

Bleu :
Le petit nouveau, tendre comme un agneau qui va se faire croquer par le méchant sergent.
Le témoin d’un mauvais coup.

Blanc :
Drapeau immaculé, linceul et sports d’hiver, il est virginité.
Le partenaire bien frais pour boire un coup.

Vert :
Irlande et pâturages, jeunesse et moisissure, il fait parfois grincer les dents ou bien crisser les pneus.
Le signal du départ et de la permission

Orange :
Le soleil de l’hiver en jus vitaminé.
Le danger n’est pas loin, nous voilà prévenus. Après, pas de quartier, les carottes sont cuites.

Rouge :
Plus rien ne bouge, tout est figé. Les jeux sont faits, rien ne va plus. On transpire à grosses gouttes et seul rest l’espoir.

Jaune :
Poussin, nain, canari. Il est l’heure même si le temps est compté. Ça tache et ça attache. Les blés sont coupés.

Violet :
Ultra toulousain et deuil en grande pompe. Violence, passage en force radical.

Noir :
Trou, fin et le trésor au bout de l’ombre. Chaleur, soleil et bonne mine de charbon.
Et à l’or ? Jaillissement dans le désert et marée de mort.

Rose :
Défi de fille, ruban, poupée et teint frais. Il joue sur les joues et les fesses das petites cochonnes.
Une fleur qui s’épanouit aux teintes infinies pour d’infinis bouquets au parfum d’amour tendre, ou pas !



Texte
Monologue intérieur
Incipit : un  « Je n’aimerais pas vivre … mais parfois, si. » choisi parmi les précédents.
Insérer trois des textes des couleurs parmi les neuf précédents
Titre : La couleur des sentiments


LA COULEUR DES SENTIMENTS

            Je n’aimerais pas vivre une routine étouffante qui assurerait ma sécurité mais parfois, si. Je serais prêt à jouer le petit nouveau, tendre comme un agneau qui va se faire croquer par le méchant sergent, c’est le prix à payer pour la sécurité.  Jouer les militaires pour avoir la paix, délicieux paradoxe, vous en conviendrez et moi j’en suis devenu con.
Désormais, pour moi, plus rien ne bouge. Tout est figé, les jeux sont faits, rien ne va plus. On transpire à grosses gouttes et seul reste l’espoir. L’espoir qu’il n’y ait pas la guerre mais il y en a peu. Partout, on nous y prépare : exercices physiques et alimentation saine afin de nous faire mourir en bonne santé. On nous gave de remontants et d’oranges fraîches, le soleil en hiver, jus vitaminé. Le danger n’est pas loin, nous voilà prévenus. Après, pas de quartier, les carottes sont bientôt cuites.
Peur bleue et colère nire se disputent mes tripes. Je hais ma lâcheté qui m’a conduit au pire. Je suis au fond du trou et les questions me minent. Je dois me détacher, renoncer, lâcher prise afin de moins souffrir du manque et de la perte. Ne s’accrocher à rien pour ne rien regretter et surtout pas la vie.
Mais l’amour fait des siennes et vient me tourmenter. Jour et nuit il m’obsède et vient me harceler. De mon cœur, à pleines mains, il me faut l’extirper pour enfin parvenir à m’anesthésier. Il m’échappe, me fait un pied de nez, m’en fait voir de toutes les couleurs.
J’aime comme on tombe malade.
J’aime, c’est incurable.
J’aime, je dois me pardonner.

Alfred

Couleurs 2 - Burka



I)               Entrez dans la liste - Atelier du 29/11/11

Je n’aimerai pas vivre sous une burka, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre dans un igloo mais parfois si
Je n’aimerai pas vivre comme un crocodile, mais parfois si
Je n’aimerai pas vivre trop vieille, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre insecte, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre sous l’Equateur, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre dans 20m2, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre dans une galerie marchande, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre au dernier étage d’un gratte-ciel, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre avec des chaussures trop petites, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre blonde, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre aveugle, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre handicapée sur un fauteuil, mais parfois non.
Je n’aimerai pas vivre aux USA, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre sans frère ni sœur, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre prisonnière, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre bleue comme un Schtroumf, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre sans musique ni livres, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre chaste, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre en Roumanie, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre dans un pays en guerre, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre dans une fosse septique, mais parfois si.

II)              Sans utiliser le mot de la couleur, faire une phrase pour chacune d’elles.

BLEU : Sous un ciel sans nuage, je buvais un curaçao.

BLANC : Des flocons tombaient sans cesse depuis la veille et formaient maintenant  un épais tapis blanc.

VERT : Toutes les nuances du printemps s’étalaient devant moi en ce jour d’espérance.

ORANGE : Petites ou grosses sphères, de la mandarine au potiron, ces fruits donnent de la bonne humeur.

ROUGE : Du sang dégoulinait de la plaie béante et imprégnait le T-shirt de l’accidenté.

JAUNE : un coffre de vieilles pièces dorées ouvert en plein désert à midi.

VIOLET : Dans sa tenue liturgique l’évêque avançait vers l’autel de St Sernin. Ô Toulouse !!

NOIR : C’était un enterrement, les gens pleuraient, pire que devant un tableau de Soulage.

ROSE : Il va enfin casser le petit cochon tirelire pour son anniversaire et ça le remplit de joie.


III)            La couleur des sentiments. Texte dont l’incipit sera une phrase de la litanie exo1 et qui intègrera 3 phrases des couleurs exo2.

Je n’aimerai pas vivre sous une burka, il me semble que je manquerai d’air. J’ai besoin d’espace, de liberté. J’ai besoin de grand air pour (vert) profiter de toutes les nuances du printemps qui s’étalent devant moi les jours d’espérance. Une burka (violet) c’est un peu comme la tenue liturgique d’un évêque qui avance  vers l’autel de St Sernin, c’est triste, un peu sac à patates qui, j’en suis sûre, me coincerait aux entournures. Je ne pourrai pas sauter à la corde, jouer à « musclor » avec mes copines de gym. Sac à patates, sac poubelle même ; je me sentirai tout sauf femme, sans forme, sans pouvoir répondre aux sourires des amis. La vie me semblerait  terne, grise sous une burka. Mais parfois, je crois que j’apprécierai d’être planquée, incognito dans la foule, être comme un espion : voir sans être vue, reconnue. C’est ce que disent  les femmes voilées, ça procure une certaine liberté et une sensualité joyeuse quand on la quitte.
Coucou, je me dessape, tu vas voir ce que tu vas voir, ce que les autres ne verront jamais. Je vais te montrer mes yeux, mes épaules, mes seins et mes fesses. Tu verras (orange) de petites et grosses sphères qui donnent de la bonne humeur. Tu as intérêt à en profiter sinon, je remballe le tout sous cette burka qui m’éloigne des autres mais en même temps qui m’en protège.
Aller vers les autres, aimer les contacts et aussi apprécier la solitude, l’anonymat et l’indifférence des gens, chacun vit avec ses contradictions, non ? Je vais peut-être (rose) casser le petit cochon tirelire pour m’offrir une burka….

Marie

Couleurs 1 - Les nuages roses



1
Je n’aimerais pas vivre ivre mais parfois si
Je n’aimerais pas vivre aux Philippines mais parfois si
Je n’aimerais pas vivre malade mais parfois si
Je n’aimerais pas vivre en sanscrit mais parfois si
J’aimerais vivre mais parfois non
Je n’aimerais pas vivre là mais parfois sol
Je n’aimerais pas vivre la mais parfois si
Je n’aimerais pas vivre do mais parfois si
Je n’aimerais pas vivre l’hiver mais parfois si
J’aimerais vivre longtemps mais parfois non
Je n’aimerais pas vivre dans la maison de ma mère mais parfois non
Je n’aimerais pas vivre hêtre mais parfois chêne
Je n’aimerais pas vivre couteau mais parfois scie
Je n’aimerais pas vivre marteau mais parfois sage
Je n’aimerais pas vivre zag mais parfois zig
Je n’aimerais pas vivre ivre mais parfois si
J’aimerais vivre tendre mais parfois non
J’aimerais vivre
Je n’aimerais pas vivre ici mais parfois si
Je n’aimerais pas vivre crêpe mais parfois si
Je n’aimerais pas vivre cette liste longtemps mais parfois si

2
Bleu 
Sur sa robe, il coule en cascade jusqu’à ses hanches
Blanc
780 km, sur la steppe blanche, ses chiens aboyants et fringuants n’avaient que faire de sa peine
Vert
J’étais à l’intérieur d’un poivron géant. Une lumière perçait à travers la chair aqueuse, sortir était devenu dangereux. Ce poivron humide semblait m’avoir adoptée, c’était une chance
Orange
Il appuya sur la peau d’une mandarine. Un jet d’agrume frais chargea l’air de la chambre. La grisaille s’était levé mais ils restaient couchés, souriants à leur bonne fortune
Rouge
Opéra, siège de théâtre, passion, toro, cape, capeline, rose,, elle dodelina la tête avant de partir rejoindre ses rêves de gloire
Jaune
Indes, 6h30 du matin, Benares, le fleuve s’éclaire lentement, au loin des litanies montent des temples, une enfant me sourit, ses yeux encore dans le rêve de la nuit, la journée s’annonce calme, je me sens bien
Violet
Quand elle déposa le panier de myrtilles sur la table, 20 petites mains plongèrent sans retenue. Bientôt, joues, bouches, doigts, mains et pantalons s’ornèrent de vivent teints. Alors elle rassembla son monde et descendit à la rivière
Noir
Comme un drame dans le soir, il s’écroule ivre de bière et de Jazz
Rose
La barbe à Papa lui collait au menton. Sa mère la pressait de courir vers le métro mais elle ne bougeait pas fasciée par ce nuage de sucre qui lui couvrait la vue. La neige alentour ajoutait à la féerie et sa mère pouvait bien gueuler, elle était statue de reine.


3
Je n’aimerais pas vivre ici plus longtemps… mais si je reste à regarder ce papier peint assez longtemps, j’oublie ennui et monotonie. En suivant les arabesques violets du mur face à l'alcôve, je me souviens de lui appuyant sur la peau d’une mandarine. Un jet d'agrume frais chargeait l’air de la chambre et nous restions couchés souriant à notre bonne fortune. Dehors, la steppe éclairée par la lune était givrée, les chiens aboyaient.
Je peux bien bailler aux corneilles, personne ne s’inquiète de ma peine tandis je grandis frêle et discrète à l’ombre du donjon. C’est à n’y rien comprendre, je suis la fille du maître et nul ne semble me voir. J’ai 11 ans et il est temps de me faire remarquer. Le mois dernier un plan simple s’est glissé en catimini dans mon esprit. Le Maure qu’hébergeait mon père m’a enseigné un truc fou. À l’aide d’un sirop rose et de petits grains translucides, il sait fabriquer des nuages roses immenses et savoureux. Voilà, c’est décidé, pour fêter l’Épiphanie, je fabriquerai le plus grand des nuages roses et je lui offrirai, oui, nous le dégusterons ensemble, il me prendra sur ses genoux, il me caressera les cheveux et il me dira à l’oreille combien il m’aime. La barbe à Papa se collera à mon nuage rose. Ma chère mère me pressera de déguerpir mais je ne bougerai pas. Nous resterons fascinés par ce nuage de sucre qui nous bouchera la vue. La neige alentour ajoutera à la féérie et mère pourra bien crier, nous ne bougerons pas. 
Ce jour-là, l’espace d’une épiphanie, je bâtirai la certitude de l’amour de mon père et ça me restera ma vie entière. Je suis prête, ma solitude est douce mais où donc ai-je mis la recette du Maure ? Dans mon carnet mauve caché derrière la bibliothèque rose ? Sur cette feuille volante où l’encre noire a coulé sur le vers final ? Le Maure était poète et “Mille alchimies ne peuvent être que blanche ou rouge”, me répétait-il. Le jour où il était parti, son regard avait pétillé quand il m’avait regardé une dernière fois, “Blanche tourterelle, quand tu seras triste, souviens-toi de mes nuages roses et le ciel te paraîtra bleu”, je sais maintenant qu’il a raison.


18.11.11

Voyages


Ateliers de la coquille
Saison 9 - 2011-2012 - n° 5 - 15 novembre 2011
Voyages
(en l’honneur d’Odile)


Chauffe libre puis en groupe, final : massage et auto-détente.
Par 3 ou 4, choisir une partie du corps à masser. Massez, à mon stop, vous vous arrêterez net.  Vous observerez : vos mains, le lieu sur le corps, l’autre masseur, l’environnement…  Plongez dans l’attention du moment. À mon signal, sans lâcher le corps de l’autre, changez de lieu de massage (si vous croisez le parcours de l’autre masseur, pensez à le saluer du regard) puis reprenez le massage… environ 3 ou 4 stops puis nous tournerons en changeant les équipes. 

Sur 4 petits papiers noter 4 destinations de par le vaste monde (hors France). Et hop, le tout est placé dans le chapeau.
4 moyens de transport. Hop un autre chapeau.
1 destination en France.
1 prénom masculin, 1 prénom féminin.

Chapitre 1
Le point de départ du personnage.
Pour tous : le même héros ou héroïne… Le même point de départ… les deux sont tirés au sort par une main évidemment innocente…
Le personnage ne part pas encore. Peut-être ne sait-il même pas qu’il va partir.
L’incipit pour tous : En sortant ce matin-là, son sac se mit à battre de l’aile…
Écriture en “Je” ou en utilisant le prénom du personnage.
14 phrases maximum, longueur de la phrase libre…

Chapitre 2
Tirage : 2 moyens de transport, 1 destination, 1 autre prénom.
Le personnage s’en va, les deux moyens de transport seront bien évidemment utilisés.
Le chapitre s’arrête au moment de la rencontre…
L’incipit : Le chapeau perdit la tête…
14 phrases maximum, longueur de la phrase libre…

Chapitre 3
Tirage : une destination
Où il est question d’une nouvelle destination et/ou d’une histoire d’amour ou de haine…
L’incipit : Le vide s’épaissit…
17 phrases max

Chapitre 4
Épilogue
11 phrases max
Exipit pour tous : Et se soleil se coucha.
(Si on a le temps) un dernier texte vif, rapide, alerte sous forme de carnet de voyage avec 4 destinations tirées au sort.

17.11.11

Harlequin décoiffé



Chapitre 1
En sortant ce matin-là, son sac se mit à battre de l’aile. Michèle le regarda s’envoler au milieu de la gare. Images doubles, montres molles, Christ cubique, Dali hurlait en frisottant ses moustaches : “ Part petite, part, va-t-en de par le monde cueillir des arbres jaunes, des raisins blancs, des marguerites rouges.” Michèle souriait en suivant le vol de son sac maintenant réduit à un point noir dans le ciel bleu. Le vent soufflait fort. Après un dernier geste d’adieu, Michèle quitta son air de vestale et redescendit vers la terre et ses congénères. 
Personne ne la regardait, aucune gêne alentour, aucun commérage ni main devant la bouche. Elle seule avait vu son sac s’envoler. “ Mon Dieu comme les gens sont distraits”, se dit-elle, “ J’ai perdu mon identité, mes souvenirs, mon parfum, mon téléphone, mon agenda, mes réglisses, mes Kleenex et sa lettre… Tout s’est envolé et je suis la seule à le savoir. Demain, je pars !”. Pour sceller l’accord avec elle-même, elle posa ses mains sur ses hanches, tapa trois fois par terre et s’éloigna vers la sortie en chantant Cambalache, le vieux tango que chantait son père les soirs d’ivresse et de nostalgie. Elle prit le bus 44 pou rejoindre sa maison blanche blottie à l’ombre d’un pin parasol. Au loin la mer brillait au soleil matinal. “Je pars”, murmura-t-elle à nouveau.

Chapitre 2
Le chapeau perdit la tête de Michèle au troisième coup de pédale. La Tramontane est une diablesse, rigola Michèle en bricolant un cordon de secours. “ Tu vas voir qui est le chef”, intima-t-elle en vissant le couvre-chef sur sa tête. Fière comme un petit soldat, elle remonta sur sa petite reine et roula 14 jours. Au loin, perdue dans au milieu des mamelons toscans, Sienne lui fit de l’œil un dimanche matin. “ Ce soir, j’aurai rejoint le couvent Santa Catalina pour une longue nuit de repos, dommage que les nonnes ne s’adonnent pas au massage. ”, railla-t-elle en cajolant ses fesses endolories. Elle arriva au pied des murailles à l’heure de la sieste. La ville lui parut enchantée par un sort digne de la belle au bois dormant. Elle rêvassait à une vie de princesse blonde somnolente dans un bain de pétales de roses quand elle entendit les sabots d’un cheval.
Quand il l’aperçut dans son short de cycliste, les joues rouges, les cheveux poisseux, Mouloud n’eut pas envie de rire ni de se moquer, cette femme n’était pas là par hasard, son chapeau l’avait prévenu ce matin : “ Aujourd’hui je change de chef, jeune prétentieux, tu l’as vue comme moi cette jolie casquette…”. Michèle regarda d’un air habitué le chapeau bigarré voler jusqu’au sien. “ Serait-ce une histoire d’amour qui commence ?”, se dit-elle.

Chapitre 3
Le vide s’épaissit, les chapeaux aimantés rejoignaient l’air chaud de l’été, là où se dessinent des mirages flottants gris et or. Michèle et Mouloud les admiraient virevoltant, s’approchant, se frôlant, s’éloignant pour mieux s’entrechoquer à nouveau. Ivres de la rencontre bord à bord, ils étaient disque lunaire et solaire, unis comme deux planètes sœurs. Un courant ascendant les envoya jusqu’au firmament, là où l’air retrouve sa fluidité et sa pureté. “ Cap vers le Yemen ”, hurlèrent-ils à leurs propriétaires avant de filer portés par le vent d’ouest.
Mouloud descendit de cheval les épaules lourdes, le regard sombre. Michèle, toute à la joie de cette danse d’amour, le regarda étonnée : “ Qu’as-tu cavalier de l’après-midi ? ”, “Me lâcher pour une casquette rose à pois blancs, quel manque de goût.” Michèle teinta son regard d’azur d’un bleu-marine profond, signe de grande colère chez elle. Domptés, les yeux noirs de Mouloud se voilèrent de velours et entamèrent une longue promenade autour des lèvres frémissantes de Michèle. Soudain gênée, elle se réfugia à l’ombre d’une voûte, Mouloud la suivit. Ils se regardaient maintenant comme deux enfants innocents. “ Le premier qui rira aura une tapette… ”, osa Michèle en lui attrapant le menton. Mouloud resta de marbre jusqu’à ce que ses lèvres rejoignent celles de la sportive. “ On les suit ”, murmura-t-il en la serrant dans ses bras comme pour l’empêcher de s’envoler sans lui. Le vide était définitivement plein.

Épilogue
“ Comme c’est étrange”, prononcèrent-ils ensemble, déjà jumeaux. “ Nos chapeaux sont nos étoiles du berger”, compléta Michèle. “ Deux traîtres, tu veux dire, mes mains ne suffiront pas à te protéger du soleil du désert.”, ajouta Mouloud en lui caressant les cheveux. “ Bah, allons faire un tour à Décathlon avant de partir pour l’aéroport” “Quelle romantique tu fais”, murmura Mouloud en reprenant ses lèvres alors que le soleil se couchait gourmand de la nuit à venir.
Catherine

Michel-e


Atelier du 15 novembre 2011 :

VOYAGES

Chacun donne sur un petit papier : 4 destinations dans le monde
4 moyens de transport
1 destination en France
1 prénom masculin
1 prénom féminin

Tirage au sort d’un prénom : MICHÈLE (je)
d’un lieu en France Perpignan


… pour le chapitre 1 (14 phrases au maximum) avec un incipit obligatoire…

En sortant ce matin-là, son sac se mit à battre de l’aile. Mon loup intérieur mordit rageusement mon estomac. Le sac était comme moi, il lui manquait une aile pour pouvoir voler.
Je respirai profondément afin de desserrer l’étreinte sur mes viscères. Quitte à être une femme, autant avoir deux ailes pour visiter le monde ou protéger ma couvée.
Ils voulaient un garçon, un ange qui jouerait avec une épée. Ils avaient eu une fille qui préfère les poupées.
Un jour, je partirai et ils n’auront plus honte, plus besoin de faire bonne figure, de faire semblant de m’aimer. En attendant, je tourne en rond dans ma vie et dans mon malheur pendant qu’ils font la grimace en se voilant la face.
-Tu devrais fermer ton sac, maman ! La tramontane ouvre le rabat et on risque de te voler.
- Pour ce qu’il y a dedans ! répondit ma mère, ça ne serait pas une grande perte.
Depuis longtemps déjà j’avais renoncé à recevoir un compliment. Je la suivis sans mot dire. Je n’avais jamais réellement réussi à la maudire.

 --- ooOoo---

Tirage au sort d’un prénom masculin MOULOUD
de deux moyens de transport Vélo, cheval
d’un lieu à l’étranger SIENNE (Italie)

… pour le chapitre 2 (14 phrases maximum) avec un nouvel incipit obligatoire…

Le chapeau perdit la tête. La toque verte et blanche l’avait dépassé par l’intérieur du virage sous les rugissements des tifosi. La course faisait rage, les champions se disputaient la victoire, prenant tous les risques, jouant leur vie et celle de leur monture à l’occasion de ce palio effréné.  La présence de ce concurrent coiffé d’un chapeau médiéval et orné d’une plume duveteuse avait fait jaser le public qui l’avait copieusement hué avant le départ.
- La tradizione ! hurlaient les plus vindicatifs, Devi rispettare la tradizione ! Stronzo ! Cornuto ! Finocchio !
Indifférent aux noms d’oiseaux qu’on lui attribuait, le cavalier retenait sa monture prête à s’élancer. Michèle l’observait, incapable de comprendre ce qui se jouait.
Elle avait quitté Perpignan le mois précédent et sur son vélo était arrivée la veille à Sienne, sans avoir jamais entendu parler de la cavalcade rituelle qui s’y déroule tous les ans. Ébahie, elle découvrait cette course sauvage et sans merci lors de laquelle chaque année s’affrontent les champions de chaque quartier. Les chevaux lancés à pleine vitesse sur les pavés de la vieille ville parcourent des tours de la place. Les cavaliers montent à cru et chaque chute peut s’avérer fatale, tant pour l’homme que pour l’animal.
Elle avait attaché son vélo et après avoir hésité un instant, elle avait cédé à la tentation et s’était faufilée pour assister au spectacle. À la fin de la course, elle revint bien vite à sa bicyclette, prise soudain de la crainte qu’on lui eût volé ses affaires et elle tressaillit lorsqu’en s’approchant, elle remarqua un jeune homme affairé sur son porte-bagages.
- Lâchez ça ! hurla-t-elle, c’est à moi, allez vous-en !
- Bonjour, moi c’est Mouloud, répondit le garçon avec un grand sourire, et vous?
--- ooOoo---                       

Tirage au sort d’une destination possible, pour une histoire d’amour ou de haine 
… pour le chapitre 3 (17 phrases maximum) avec un nouvel incipit obligatoire…

Le vide s’épaissit. La sensation d’une purée de marrons emplissant son crâne submergea Michèle, la laissant incapable de réagir. Elle fut soudain certaine d’être dévalisée et une image gigantesque des ses parents se forma à l’intérieur de son front où ils la menaçaient, elle, petit fille apeurée : « Surveille bien tes affaires sinon tu vas te faire voler. Si jamais ça t’arrive, ne t’avise pas de rentrer ou bien ça va chauffer pour tes fesses ! ».
Elle était soudain redevenue la petite fille terrorisée par la culpabilité et la peur de la punition. Elle se sentit abandonnée et seule au monde et elle se mit à pleurer, incapable de maîtriser les irrépressibles sanglots qui la secouaient.
- Hé ! Mademoiselle ! Ça va ? Faut pas vous mettre dans cet état. Votre vélo était tombé et les chiens risquaient de lever la patte sur votre sac, alors je l’ai relevé.
La voix douce et posée de Mouloud parvint à calmer un peu l’effroi de Michèle. Elle accepta les kleenex qu’il lui tendait.
- Venez vous asseoir à cette terrasse, je vous offre un petit remontant.
Il s’installa et appela le garçon.
- Un San Pellegrino e una grappa, prego !
Tenez, buvez ça proposa-t-il à Michèle lorsqu’ils furent servis, et après vous me raconterez votre histoire.
La brûlure de l’alcool qu’elle but sans se méfier ramena la jeune femme à la réalité.
- Vous ne buvez pas, vous ? Vous voulez me saouler et profiter de moi ! affirma-t-elle, méfiante.
- Je suis simplement musulman, je viens du Yémen et il n’y a pas d’alcool dans mon pays, répondit Mouloud patiemment.
- Bon, merci mais je dois partir, réagit Michèle en se levant précipitamment.
- Mais…
-Lâche-moi ! j’aime pas les Arabes, hurla-t-elle en s’enfuyant.

            --- ooOoo---                       

Épilogue de 7 phrases au maximum avec un excipit obligatoire

Les doigts tremblants, Michèle détacha son vélo et l’enfourcha sans se retourner.
Elle avait fui Perpignan, pédalé à en perdre haleine, erré sur les routes de campagne, volant des fruits dans les vergers, buvant l’eau des ruisseaux. Pendant des jours, elle avait vécu comme un petit animal sauvage, évitant la compagnie des hommes. Elle avait perdu le décompte du temps lorsqu’elle était arrivée à Sienne, finalement calmée et prête à se rapprocher de ses semblables.
Par malchance, l’atmosphère survoltée de la fête avait créé un contraste trop soudain dans sa convalescence et le gentil et prévenant Mouloud, premier humain avec lequel elle parlait depuis son départ, n’était pas de poids pour l’aider à retrouver l’équilibre.
Michèle se repassait en boucle la scène dans sa tête, chaque fois plus submergée par l’insupportable honte qui la pourchassait.
Pour elle, s’en était trop et dans son esprit, le soleil se coucha, gourmand de la nuit à venir.
Alfred

Le sac de Michèle



Chap1.
En sortant ce matin là, mon sac se mit à battre de l’aile. Je l’avais couvé, dorlotté, préparé aux voyages, aux grandes découvertes. Il était fin prêt je crois. J’avais fait de mon mieux.
Je l’avais recueilli gisant dans la rue, les bandoulières tailladées, le tissu imprégné de salissures. Le petit cri plaintif qu’il avait poussé m’avait fendu le coeur. Il était prêt à en finir, à s’engloutir dans le caniveau juste à côté de lui.
J’étais fier de l’avoir ramené à l’envie de voyages. Pendant plusieurs jours, il avait refusé de se laisser faire, croyant peut être que mon dessein ultime était d’en tirer bon prix sur le BonCoin.
Il faut dire, j’avais fait l’erreur de lui présenter mes autres sacs, bien rangés, au chaud, dans l’armoire à voyage. Il s’était cru de trop, ou bien voué à l’esclavage.
Grand dieu, il apprendrait bientôt, comme moi, que l’esclave, ce serait moi.
Ce matin là donc, en claquant la porte qui donne sur la ruelle de chez moi, mon sac vissé sur mon dos, mon petit dernier, s’était senti pousser des ailes. Et moi, j’avais comme l’impression que mes pieds perdaient le sol.

Chap2.
Le chapeau perdit la tête. C’était trois jours plus tard, après le train jusqu’à Marseille puis le bateau jusqu’a Gênes. De cette ville, placée au creux d’un golfe, J’avais entrepris de continuer mon périple à vélo. Mon sac, pour sa première sortie devait expérimenter un maximum de modes de déplacement. En dévalant la première pente, à déjà quelques dix kilomètres de Gênes, mon chapeau s’était envolé. J’avais refusé de m’arrêter. Hurlante de bonheur, dans cette course effrénée, à peine avais-je tourné la tête pour un dernier regard.  Il avait atterri en équilibre sur le bord du trottoir. Je me mis à rêver d’une belle âme charitable qui viendrait lui offrir une seconde vie. Tout comme moi pour mon sac chéri. Il faut dire que nous nous entendions à merveille. Collé à mon dos, comme une tendre amoureuse sur le scooter d’un gominé.
Le cheval prit le relais ensuite, traversant la Toscane jusqu’à Sienne, la cité marbrée. La joie était totale. Cerise sur le gâteau, cette ville nous attendait comme une première halte, un premier bilan de voyageurs étourdis.
Deux jours plus tard, étourdie je le fus, pour de bon, lorsque mon regard croisa les yeux enchanteurs de Mouloud. Le sac comprit, en jetant un oeil par dessus mon épaule que l’affaire était sérieuse.

Chap 3.
Le vide s’épaissit. Lui et moi, à quelques mètres de distance, ne formions plus qu’une seule et unique chose.
La matière formée par mon corps, l’air, mélange d’azote et d’oxygène puis son corps à lui.  Tout était dense et compact, sans un seul millimètre de vide qui puisse nous dire “hors de contact”.
C’était un peu comme si, je le répète, à quelques mètres de distance, nous étions déjà serrés très fort, l’un contre l’autre. Déjà comme si nos vêtements, les uns contre les autres vaporisaient la transpiration qui perlait sur nos nuques.
Comme si nos jambes emmélées jouaient une partie de tango velouté. Hum. Tout cela, à quelques mètres de distance.
Pour la première fois, je sentis le sac me peser. Non pas que j’étais fatigué, non. Disons plutôt qu’à ce moment-là, la nature me ramena, d’un seul coup d’un seul, à ma libido d’origine.
Il s’agit-là d’un tout autre frisson que la passion d’un sac. Frisson contre lequel on ne peut aller.
Une fois le sac à terre, j’aurais pu dire, allez envole-toi pour de bon.
Il me regardait, implorant, comme le chien trop gâté d’une maîtresse frivole.
Jamais je ne me sentis coupable et je me dis, si sûre de moi, “Yeah men ! I want that guy, and nothing else !!”.

Epilogue
De Mouloud et moi, vous ne saurez rien de plus, aujourd’hui. Une autre fois peut être.
Il s’avança enfin vers moi, parvint à ma hauteur. Machinalement ôta son sac à dos qu’il déposa à terre.
L’instant plus tard, après l’étreinte promise nous baissâmes la tête. Nos sacs avaient disparus, détournés du chemin, eux aussi, par l’âme soeur enfin reconnue.
Pour eux, pour Mouloud et pour moi même, le soleil se coucha, gourmand de la nuit à venir.   

Yves

3.11.11

Le choix des mots


Ateliers de la coquille
Saison 9 - 2011-2012 - n° 4 - 1 novembre 2011



Chauffe précise (massage et auto-détente)
Par 3, observez celui qui reçoit le massage et optez pour une partie du corps à masser. Massez, peu de temps, reprenez le choix d’une autre partie à masser et massez. Ceci 3 ou 4 fois. Temps environ 10 mn de massage par personne. Le tout en silence of course.

1
Sur les magazines et livres posés sur la table, choisissez 28 mots.
En utilisant les 28 mots vous écrivez un premier texte sur le thème du choix.

2
Reprenez vos mots et remplacer chaque mot par le mot que vous n’avez pas choisi (puisque vous avez choisi l’autre) mais que maintenant vous décidez de choisir (sans recours aux livres ni aux magazines). Vous cherchez en quelque sorte le mot caché derrière.
Avec ces 28 nouveaux mots, vous allez composer une poésie sur le non-choix ou la difficulté du choix en employant les 28 mots évidemment.

3
Dernier texte, collectif cette fois-ci, dans ces magasines, découpez 3 mots chacun, soyez discrets, gardez vos mots pour vous. Écrivez de 1 à 3 phrases qui incluent ces trois mots puis faites passer vos mots à votre voisin de droite et recevez les mots de celui de gauche. Et re, de 1 à 3 phrases qui incluent les 3 mots reçus… et ainsi de suite jusqu’au retour de vos mots qui une dernière fois seront incluent dans les phrases finales.
Genre des textes au choix :  absurde, poétique, ou narratif.

Le choix des mots 1


Atelier du 1er novembre 2011:     LE CHOIX DES MOTS

28 mots choisis dans des magazines …

Philosophie - Assassin - Démo - Idéal - Saison - Privilège - Bricole - Éthique - Changer - Clé - Amour - Ruine - Destructrice - Alliance - Raison - Question - Jouvence - Chef - Ardoise - Impossible - Récupération - Noir - Portable - Racine - Envie - Blonde - Intégral - Détour

… à intégrer dans un texte parlant de (non) choix.

Je suis assassin par défaut et pas par idéal, ni même par philosophie. J’ai voulu changer pour un trouble prétexte d’éthique puis il n’en a plus été question et je me suis fait une raison.
“Excusez-moi, c’est mon portable qui sonne…”
C’était le Chef pour une sombre histoire de récupération d’alliance sur le doigt d’une Blonde. Je lui ai déjà dit que c’était impossible, que je n’avais pas envie de faire un détour et que de toutes façons je n’avais pas la clé de la morgue. Il a râlé et m’a annoncé sur un ton noir qu’il allait mettre ça sur mon ardoise ou ce genre de bricole. C’est vraiment un con intégral, il vient d’en faire la démo une fois de plus.
Il se fait une cure de jouvence, il s’est teinté les cheveux mais on voit ses racines. Il est en pleine saison des blaireaux. En plus de ça, il menace de supprimer mes privilèges qu’il dit.
Entre nous, ça n’a jamais été le grand amour mais ce coup-là, je sens que je vais avoir la passion destructrice et j’ai comme l’idée qu’il court à sa ruine.
Il l’aura voulu !


28 nouveaux mots découlant des premiers …

(Philosophie) - Sophie - (Assassin) - Justicier - (Démo) - Absurde - (Idéal) - Pragmatique  - (Saison) - Hiver - (Privilège) - Noblesse - (Bricole) - Art - (Éthique) -   Éthylique - (Changer) - Figer - (Clé) - Sésame - (Amour) - Dégoût - (Ruine) - Abondance - (Destructrice) - Enfanteresse - (Alliance) - Trahison - (Raison) - Folie - (Question) - Torture - (Jouvence) - Sénilité - (Chef) - Postérieur - (Ardoise) - Lause - (Impossible) - Impassible - (Récupération) - Gabegie - (Noir) - Chamarré - (Portable) - Inerte - (Racine) - Aérien - (Envie) - Jalousie - (Blonde) - Brune - (Intégral) - Raffiné - (Détour) - Direct

… et un autre texte :

Qui saura me donner le sésame du postérieur de Sophie ?
J’ai tenté la noblesse, l’art, la jalousie et n’ai reçu que refus
Elle me toise avec dégoût, froide comme une lause en hiver
J’ai tenté l’abondance jusqu’à la gabegie pour obtenir son cul
Elle est restée impassible, inerte, totalement figée
Ma folie éthylique, mon humour absurde, raffiné et chamarré
Ne lui sont que torture ou preuve de ma sénilité
Son déhancher aérien ondule avec paresse
Et tel un justicier mon sexe se redresse
Devant sa croupe enfanteresse
Pragmatique et direct j’évoque sa brune toison
Qu’il est con me dit-elle, signant sa trahison.


Le dernier pour la route : Chacun découpe trois mots et les fait tourner afin que les autres les utilisent dans leur texte.

L’ivresse du bandonéon, culture de tout un peuple
La maison du peuple a la culture du néon
La maison de la culture fait bander le peuple
L’ivresse empêche la bandaison
La bande des filles préfère les sucettes à l’anis
Les garçons salaces s’enduisent de silice
Et contre-attaquent en coulisse
Les néons brillent dans les mirettes des filles
Le rhum enhardit les garçons qui promettent la lune
Les chaises en plastique de la maison du peuple
Font le bonheur de ceux qui ont sur les genoux
Les croupes alanguies des donzelles ravies
Que le bandonéon enivre
Les autres rament sur la pirogue de l’envie
Fascinés par l’éblouissante réussite de leurs rivaux
Au son du bandonéon chagrin, ils fomentent et magouillent
Samedi soir prochain, ils reviendront sous les néons
Arborant un nouveau costume, affûtés pour un nouveau match
Les poignées saillantes des lames assassines
danseront dangereusement dans leurs poches, impatientes
Telle est la culture de ce peuple qui allie l’ivresse et le sang
Au son du bandonéon





22.10.11

Détail 5


LE DETAIL


1)    en employant « il » ou « elle », décrire le détail choisi comme un très vieux souvenir

Elle se fait très discrète, de l’entrée on ne la voit pas et même en passant à coté, elle peut passer inaperçue. Il faut vraiment que l’œil y porte son attention. Discrète, mais tout de même très présente, car je me suis  immédiatement sentie rajeunie de 50 ans  après qu’elle ait accroché mon regard.. Dans le jardin de ma grand-mère il y avait un rosier dissimulé au milieu de grandes herbes, il fallait savoir qu’il était là..Moi, je l’ai découvert en tombant dessus : des épines plein les mains, les bras, des épines accrochées à ma robe, des épines méchantes qui me brulaient. Et pourtant, je me souviens d’être restée tétanisée non par les piqures mais par l’odeur de ces fleurs vieux- rose, à peine écloses ou complètement épanouies.

2)    emploi du « je » pour entrer dans le détail

Je me cache au milieu du laurier rose, je me protège avec mes épines, je dois être un peu trouillarde en fait. « Pour vivre heureux, vivons caché » disait l’Autre, alors moi, c’est ce que je fait. Vivre cachée mais attention ! pas pour tous. Selon mes humeurs et selon le temps, je peux envoyer un parfum sublime et espérer être repérée. Cachée mais pas solitaire, faut pas croire que je sois un ermite. C’est pas mon truc la solitude ! J’aime bien avoir des copines autour de moi, on joue à « la plus belle », « la plus parfumée », « la plus épanouie », « la plus attirante ». A ce jeu faut faire gaffe quand même car tu risques d’être vraiment remarquée et la Miss Rose du jardin finit la queue dans un vase. Ça s’est déjà vu… Alors moi, je préfère me tenir planquée derrière le laurier rose.

3)    Instant poétique

Je suis souple
Tu es raide
Je suis colorée
Tu es blanc et noir
Je vis à l’air libre
Tu vis fixé au plafond
Je peux me balancer
Tu ne bouges jamais de place
Je ne t’envie pas du tout
Tu as l’air sale, triste et bête
Tu n’exhales que de mauvaise odeurs et de la poussière
Tu es mon opposé
Mais c’est pour ça que je t’aime !


4)  Curaçao !

C’est trop beau, je veux vivre là, ne plus bouger. Je peux me noyer dans tout ce bleu :  sans nuage , le ciel irradie de simplicité, avec ses énormes vagues l’océan impose sa force. Du bleu partout, dans toutes ses nuances : du bleu azur, bleu gris, bleu vert, bleu noir. Je sens le bleu,  je respire du bleu, je goûte le bleu. C’est bon, comme un bleu (de Bresse) ; Cette sensation d’être immergée dans l’immensité me comble de satisfaction et de paix. Je ne remarque aucun détail en particulier alors que tout est détail et chacun, même le plus insignifiant a son importance. Le bleu argenté qui file là-bas dans le bleu outre-mer est  vivant, il respire. Le bleu ardoise côtoie le bleu lilas pour offrir de l’ombre au bleu métallisé. Trop beau !! Le petit bleu pastel qui s’envole ne peut s’empêcher de chanter. C’est  rassurant de connaître un tel endroit, de pouvoir y retourner chaque fois que l’envie  me prend. Un endroit magique où je peux ressentir le bleu de la béatitude, où chaque détail se dilue dans la totalité.

Marie-Andrée

Détails 4



1. Il est ancien, d’un autre âge, couleur bois sec. Légèrement arqué. Il sort du tronc, comme on sort de nulle part. Sa course est arrêtée, cisaillée.
Il était vert, vraisemblablement plein d’énergie et de vitalité, supportait une palme tout entière.  Puis à la fin de l’été on l’a rectifié.
Aujourd’hui, il ne sait plus ce qu’il a été. Il a tout oublié. Il est quelqu’un d’autre.
Il est l’écorce d’un tronc effiloché, son armature, son accident, sa décoration, sa marque de fabrique. Courbé vers l’extérieur, il est entier, se suffit à lui même.
Au début il lui semblait qu’il serait condamné à être le dixième de sa grandeur ancienne. A présent, il est la grandeur tout entière. Quelqu’un d’unique, de complet, d’abouti.
Les nervures du bois lui donne un style bien à lui.  Ces rainures sont rectilignes, élégantes, de largeur variable, dans la palette du marron.
Une ligne verticale au centre, délimite en deux parts égale ce petit morceau de bois, et lui donne un équilibre certain.


2. Je suis le détail de l’arbre tout entier, mes frères et moi même entourent le tronc filandreux qui file à la verticale vers le ciel.
Je suis ce que jadis je n’aurai jamais imaginé être.  Jamais, non. Si on m’avait dit arborant fièrement une palme puissante, sure de l’ombre portée, que je serai un jour réduite au détail de cet  ensemble, j’aurai ri … comme le chêne avant la tempête.
Aujourd’hui cependant, après maintes remises en question personnelles, j’ai retrouvé un sens à mon existence.
Je suis à part entière ce petit décoché, attirant et subtile, qui donne à l’arbre que j’habite une enveloppe structurante et solide comme l’armure du cavalier.
Délicatement courbé, porté vers le monde extérieur, je suis le squelette figé de cette beauté qu’on nomme Chamaerops.

3. Tu t’es posé sur mon appendice, au bout de ma courbe, sur ma dernière nervure. Tu étais en voyage, d’où je ne sais, je ne sais où.
Artiste en équilibre, tu agitais la tête, reformait ton pelage avec ton bec par petites touches précises. Tes pattes, finement dessinées comme la dentelle d’une mariée, s'agrippaient à mon corps, les griffes rentrées.
Tu tenais bon, avec une infinie douceur et légèreté, toujours prêt à t’envoler, au moindre chat qui rode.
Je t’offrais ma solidité et toi ta candeur. Petit oiseau de bonne augure, dis moi comment c’est là bas, chante là moi ta chanson tendre du voyageur.

CHAMAEROPS

La pluie tombe, l’averse gronde. Pas une parcelle de nature ne peut s’y soustraire. La mer plate après la plage longue et silencieuse, accueille les milliers de gouttes  … Celles-ci ne serviront à rien.
Sur le sable, un chien, trempé jusqu’au os, court à perdre haleine et rapport un morceau de bois vers une silhouette, habillée pour la pluie de la tête au pied.
Elle arrache l’objet fermement de la gueule de l’animal tout en continuant d’avancer et relance, dans le sens de la marche, le plus loin possible.
Il fait presque chaud. J’imagine la silhouette nue sous le ciré. Il semble que ce soit une femme. Le morceau de ce bois à une destinée futile. Sans cesse être lancé et retrouvé.
A la fin de la balade, il sera sans doute abandonné et plus jamais personne n’y prêtera attention.
En voyant s’approcher l’animal, il me semble qu’il s’agit en fait d’une tige, plate, légèrement bombée. Quelque chose qu’on ne trouve pas ici habituellement. L’odeur et la texture de ce bois a du attirer le chien.  Il y a planté ses crocs et proposé à son maître le jeu du “va chercher”.
Je suis trempé, comme ce chien. Il arrive enfin à ma hauteur. Le dernier lancé est passé largement au dessus de ma tête. En le regardant voler au dessus de moi, je l’ai définitivement catalogué : Une tige plate, marron claire, sèche, d’environ 30 centimètres de longueur.
Sans doute le morceau d’une palme qui a perdu ses feuilles. Une palme de Chamaerops, qu’on trouve plus au sud.
La silhouette arrive à ma hauteur, me sourit. Dans quelques instants tout sera fini.
Mon attention reviendra sur la mer, géante, face à moi, sans jamais regarder partir au loin, ce petit point jaune et sa boule de poil. Ni à gauche, ni à droite. Le regard droit, espérant que jamais la pluie ne s’arrêtera.
Yves