12.3.11

Vers de terres

21 – Donner un nom – Poésie – Minéral


Ser gio


L’Espagne pousse sa corne
Dans mes tripes  germaniques
Mon paradis vaut Valparaiso
Mon cœur bat pour Cordoba

Je voudrais être doux
Je suis d’ici
Mais d’où je suis
Ne me le dites pas

Je voudrais être ailleurs
Et tout me rappelle
J’appelle l’étranger
Mais chacun pour sa peau

Tout casser proprement
Agir comme un malpropre
Accueillir poliment
En verrouillant ma porte

J’aime quand tu m’aimes
Et c’est insupportable
Moi seul pourrais m’aimer
Je n’en ai pas la force

Ser yo o no ser yo  Villa General Belgrano

Libre – Libre…

Sans maudire

Sur un mot d’elle
Je modèle
Le monde
À tire d’ailes

Pendu à ses lèvres, je m’exécute
Et j’attends la sentence
Face je pleure, pile je danse

Son bonheur me pèse
Son bonheur m’apaise
J’appelle ce qu’elle veut
De tous mes vœux

Son émoi m’émeut
Pour elle seule je compose
Et jamais ne me pose



14 – donner un nom – minéral – suspense


Sauve Terre



Lentement, inexorablement, ils fouillent mes entrailles. Je ne peux que subir les assauts de ces nains féroces et acharnés. Au début j’ai pensé qu’ils cherchaient un abri . D’autres avant eux avaient su apprécier la chaleur des refuges que je leur proposais. Pour me remercier certains avaient même choisi de me vénérer comme matrice nourricière. Ils étaient mes enfants, frondeurs et exigeants. Ils m’aimaient et savaient me prendre, je ne pouvais rien leur refuser. Puis ils ont grandi et choisi de bâtir leurs propres foyers. C’est dans l’ordre des choses et c’est très bien ainsi. Ils se sont crus assez grands pour se passer de moi, assez forts pour se suffire à eux-mêmes. Attendrie, j’ai laissé faire, tout en les aidant discrètement. Ils étaient fiers de leurs troupeaux, de leurs récoltes. Ils remerciaient.

Puis ils ont commencé à creuser plus profond et peu à peu m’ont vue comme une ennemie qui les empêchait d’atteindre ce qu’ils désiraient, le fer, l’or, le charbon. Ils sont devenus arrogants, ont voulu me soumettre. Par amour j’ai cédé et ils m’ont piétinée, éventrée, cherchant à m’asservir. Je dois me résoudre à affermir mon cœur, en sacrifier certains pour le bien de leurs frères. À quoi sert que je meure si tous doivent en périr ?


Alexandrins minéraux


21 – Donner un nom – Minéral – Poésie



Ils me nomment maladroitement Pierre de Lune
Ils ne savent rien de mon histoire avec la dune
Où un jour m’a ramassée une belle dame brune
Solitaire, elle pensait à l’amour disparu

Son cœur sec, sa tête froide m’élirent comme talisman
Depuis, je suis le fêtiche des âmes de diamant
Celles qui jamais ne se brisent en mille sentiments
Mon noyau de lune souffre d’un tel acharnement

Je me rêve source, oiseau, fleur jamais minéral
Pourtant ils s’acharnent et m’exhibent dans le journal
Je suis ce caillou incroyablement loyal
Moi loyal, pauvre homme si prompt à se croire égal

Sur mon pouvoir je vais m’appuyer et péter
Me dissoudre, m’envoyer en l’air, m’éclater
entrer en fusion semer confusion, gicler
détruire mon royaume et gagner en liberté

C’est ce que j’ai fait un beau matin de juillet
Ils riaient, j’ai transformé la lune en jouet
Du blanc laiteux, elle est passée au rouge violet
La pierre est devenue un joyeux feu follet

Elle a tout brulé, corps et âmes se sont mariés


14 – Donner un nom – minéral – suspense



Suis-je Agathe ?
Suis-je Calcédoine ?
Suis-je Jade ?
Suis-je Rubis ?
Suis-je femme, suis-je pierre ?
Pauvre poète, bien fuyante est ta muse.
Pauvre muse, te croire pierre alors que tu n’es que fantasme né de l’imagination de quelques grecs en mal d’amour.
Pauvre jade abandonnée par un marchand chinois véreux,
Pauvre rubis à la main de la fiancée délaissée
Pauvre calcédoine, montrée du doigt par des villageois moqueurs
Pauvre agathe, la poésie ne te réussit pas
Alors que vas-tu faire de ta vie maintenant ?
Continuer à jouer les poètes ou tuer la femme de lettre

14 – Tu – Minéral – Libre

tu m’emmerdes pierre de lune
ton opale pale me glace la peau
tu es pierre triste
tu m’as été offerte par un couillon
au visage pâle qui te ressemblait
mauvaise pioche

tu me plais aigue marine
ton bleu tendre me calme
avec toi je pars en croisière sous des cieux voluptueux
tu ceins mon doigt de calme et de lumière
pour ça je te chéris

et toi diamant frimeur que viens-tu faire dans mon imagination, là, maintenant, rien, alors retourne dans ta mine et attend. Un jour peut-être aurons-nous quelque chose à nous dire ?


7 – Il – Végétal – Intime

Il tricote mon âme de lianes tendres
Il me lance des idées de jacinthes et de coloquintes
Je les attrape à pleine brassée
Il joue à la fougère
Je lui répond champignon
Il rit alors je lui propose une verveine
C’est beau l’amour, non ?