22.10.11

Détail 5


LE DETAIL


1)    en employant « il » ou « elle », décrire le détail choisi comme un très vieux souvenir

Elle se fait très discrète, de l’entrée on ne la voit pas et même en passant à coté, elle peut passer inaperçue. Il faut vraiment que l’œil y porte son attention. Discrète, mais tout de même très présente, car je me suis  immédiatement sentie rajeunie de 50 ans  après qu’elle ait accroché mon regard.. Dans le jardin de ma grand-mère il y avait un rosier dissimulé au milieu de grandes herbes, il fallait savoir qu’il était là..Moi, je l’ai découvert en tombant dessus : des épines plein les mains, les bras, des épines accrochées à ma robe, des épines méchantes qui me brulaient. Et pourtant, je me souviens d’être restée tétanisée non par les piqures mais par l’odeur de ces fleurs vieux- rose, à peine écloses ou complètement épanouies.

2)    emploi du « je » pour entrer dans le détail

Je me cache au milieu du laurier rose, je me protège avec mes épines, je dois être un peu trouillarde en fait. « Pour vivre heureux, vivons caché » disait l’Autre, alors moi, c’est ce que je fait. Vivre cachée mais attention ! pas pour tous. Selon mes humeurs et selon le temps, je peux envoyer un parfum sublime et espérer être repérée. Cachée mais pas solitaire, faut pas croire que je sois un ermite. C’est pas mon truc la solitude ! J’aime bien avoir des copines autour de moi, on joue à « la plus belle », « la plus parfumée », « la plus épanouie », « la plus attirante ». A ce jeu faut faire gaffe quand même car tu risques d’être vraiment remarquée et la Miss Rose du jardin finit la queue dans un vase. Ça s’est déjà vu… Alors moi, je préfère me tenir planquée derrière le laurier rose.

3)    Instant poétique

Je suis souple
Tu es raide
Je suis colorée
Tu es blanc et noir
Je vis à l’air libre
Tu vis fixé au plafond
Je peux me balancer
Tu ne bouges jamais de place
Je ne t’envie pas du tout
Tu as l’air sale, triste et bête
Tu n’exhales que de mauvaise odeurs et de la poussière
Tu es mon opposé
Mais c’est pour ça que je t’aime !


4)  Curaçao !

C’est trop beau, je veux vivre là, ne plus bouger. Je peux me noyer dans tout ce bleu :  sans nuage , le ciel irradie de simplicité, avec ses énormes vagues l’océan impose sa force. Du bleu partout, dans toutes ses nuances : du bleu azur, bleu gris, bleu vert, bleu noir. Je sens le bleu,  je respire du bleu, je goûte le bleu. C’est bon, comme un bleu (de Bresse) ; Cette sensation d’être immergée dans l’immensité me comble de satisfaction et de paix. Je ne remarque aucun détail en particulier alors que tout est détail et chacun, même le plus insignifiant a son importance. Le bleu argenté qui file là-bas dans le bleu outre-mer est  vivant, il respire. Le bleu ardoise côtoie le bleu lilas pour offrir de l’ombre au bleu métallisé. Trop beau !! Le petit bleu pastel qui s’envole ne peut s’empêcher de chanter. C’est  rassurant de connaître un tel endroit, de pouvoir y retourner chaque fois que l’envie  me prend. Un endroit magique où je peux ressentir le bleu de la béatitude, où chaque détail se dilue dans la totalité.

Marie-Andrée

Détails 4



1. Il est ancien, d’un autre âge, couleur bois sec. Légèrement arqué. Il sort du tronc, comme on sort de nulle part. Sa course est arrêtée, cisaillée.
Il était vert, vraisemblablement plein d’énergie et de vitalité, supportait une palme tout entière.  Puis à la fin de l’été on l’a rectifié.
Aujourd’hui, il ne sait plus ce qu’il a été. Il a tout oublié. Il est quelqu’un d’autre.
Il est l’écorce d’un tronc effiloché, son armature, son accident, sa décoration, sa marque de fabrique. Courbé vers l’extérieur, il est entier, se suffit à lui même.
Au début il lui semblait qu’il serait condamné à être le dixième de sa grandeur ancienne. A présent, il est la grandeur tout entière. Quelqu’un d’unique, de complet, d’abouti.
Les nervures du bois lui donne un style bien à lui.  Ces rainures sont rectilignes, élégantes, de largeur variable, dans la palette du marron.
Une ligne verticale au centre, délimite en deux parts égale ce petit morceau de bois, et lui donne un équilibre certain.


2. Je suis le détail de l’arbre tout entier, mes frères et moi même entourent le tronc filandreux qui file à la verticale vers le ciel.
Je suis ce que jadis je n’aurai jamais imaginé être.  Jamais, non. Si on m’avait dit arborant fièrement une palme puissante, sure de l’ombre portée, que je serai un jour réduite au détail de cet  ensemble, j’aurai ri … comme le chêne avant la tempête.
Aujourd’hui cependant, après maintes remises en question personnelles, j’ai retrouvé un sens à mon existence.
Je suis à part entière ce petit décoché, attirant et subtile, qui donne à l’arbre que j’habite une enveloppe structurante et solide comme l’armure du cavalier.
Délicatement courbé, porté vers le monde extérieur, je suis le squelette figé de cette beauté qu’on nomme Chamaerops.

3. Tu t’es posé sur mon appendice, au bout de ma courbe, sur ma dernière nervure. Tu étais en voyage, d’où je ne sais, je ne sais où.
Artiste en équilibre, tu agitais la tête, reformait ton pelage avec ton bec par petites touches précises. Tes pattes, finement dessinées comme la dentelle d’une mariée, s'agrippaient à mon corps, les griffes rentrées.
Tu tenais bon, avec une infinie douceur et légèreté, toujours prêt à t’envoler, au moindre chat qui rode.
Je t’offrais ma solidité et toi ta candeur. Petit oiseau de bonne augure, dis moi comment c’est là bas, chante là moi ta chanson tendre du voyageur.

CHAMAEROPS

La pluie tombe, l’averse gronde. Pas une parcelle de nature ne peut s’y soustraire. La mer plate après la plage longue et silencieuse, accueille les milliers de gouttes  … Celles-ci ne serviront à rien.
Sur le sable, un chien, trempé jusqu’au os, court à perdre haleine et rapport un morceau de bois vers une silhouette, habillée pour la pluie de la tête au pied.
Elle arrache l’objet fermement de la gueule de l’animal tout en continuant d’avancer et relance, dans le sens de la marche, le plus loin possible.
Il fait presque chaud. J’imagine la silhouette nue sous le ciré. Il semble que ce soit une femme. Le morceau de ce bois à une destinée futile. Sans cesse être lancé et retrouvé.
A la fin de la balade, il sera sans doute abandonné et plus jamais personne n’y prêtera attention.
En voyant s’approcher l’animal, il me semble qu’il s’agit en fait d’une tige, plate, légèrement bombée. Quelque chose qu’on ne trouve pas ici habituellement. L’odeur et la texture de ce bois a du attirer le chien.  Il y a planté ses crocs et proposé à son maître le jeu du “va chercher”.
Je suis trempé, comme ce chien. Il arrive enfin à ma hauteur. Le dernier lancé est passé largement au dessus de ma tête. En le regardant voler au dessus de moi, je l’ai définitivement catalogué : Une tige plate, marron claire, sèche, d’environ 30 centimètres de longueur.
Sans doute le morceau d’une palme qui a perdu ses feuilles. Une palme de Chamaerops, qu’on trouve plus au sud.
La silhouette arrive à ma hauteur, me sourit. Dans quelques instants tout sera fini.
Mon attention reviendra sur la mer, géante, face à moi, sans jamais regarder partir au loin, ce petit point jaune et sa boule de poil. Ni à gauche, ni à droite. Le regard droit, espérant que jamais la pluie ne s’arrêtera.
Yves

Détails 3


Ateliers de la Coquille - Jacqueline

1-    Détail : Choisir et observer un détail quelques minutes. Employer le pronom Il ou Elle. Décrire ce détail comme s’il s’agissait d’un très vieux souvenir
2-    Même détail. En employant le pronom Je , entrer dans le détail.
3-    Choisir dans la pièce un nouveau détail. Employer le pronom Tu et en faire un complice poétique du premier.
4-    Ecrire en se laissant porter, après avoir écouté « une rêverie » de Catherine (un paysage immense)



 Elle est ancrée au pilier d’entrée, barre à laquelle je me suspendais à chaque retour de classe. Elle m’a vu grandir. Je l’ai d’abord regardée de dessous quand je marchais à peine. Elle me servit de toise, mes yeux à sa hauteur, puis mon menton s’appuyant sur elle. Quand la peinture se défraichit, je grattais chaque jour une petite zone, espérant qu’ainsi elle serait rhabillée de frais plus vite. Elle Porte maintenant une robe verte d’un tissu non lisse, cloqué. Elle ne m’apparaissait que de jour quand j’étais enfant. Ce soir je l’ai vue sous les feux de deux spots, son ombre traçait sur le mur un 8 tout en lignes droites et anguleuses, avec une tâche plus sombre en son centre. L’infini sans courbe, sans rondeur, quel présage…

Je tiens à l’horizontale, à un mètre de hauteur, sans support au sol. Je m’étire depuis le pilier, droite, directe et quand je sens la perte possible d’équilibre, j’amorce le virage, une jolie boucle et file rejoindre le pilier avec un savant calcul de l’écartement à poser pour la meilleure solidité. Je suis sûre du juste écart en appréciant l’élégance de ma forme. Trop vite écartée après la boucle, je serais grossière. Je commence par un frôlement de ma première tige, cela me donne l’impulsion pour prendre mon envol. Trop parallèle, je serais mesquine, sans vie. Je fais ma boucle douce, ni béante ni serrée, parfaite pour l’accueil de la barre du portail, assez forte pour soutenir son poids. J’aimerais servir à d’autres usages, perchoir pour oiseaux, support de verre à liqueur.


Tu es en métal gris, seau léger détourné de son usage et devenu récipient à stylos de la maison d’écriture. Je sais que tu préférais ton usage extérieur, bien insoupçonnable. Pourtant l’œil dessiné sur ta face rappelle la boucle de la barre de fer du portail. Placé sous cette boucle, tu recueillais l’eau de pluie. L’eau filtrée par cet anneau avait de grands pouvoirs. Souvent tu as été bousculé d’un coup de pied béta, et longtemps remis en place. Qui sait si quelques mésanges ou un chat mystérieux ont su trouver ta source.

Tel un bâton de sourcier la tige verte dans mes mains me guide vers l’espace. Son œil malicieux m’interroge, m’invite. Les collines se succèdent couvertes de hautes forêts, tâches sombres des conifères dans des marées ocres et vertes. Dans ces forêts de l’est, le sol est encore bouleversé, creusé par les bombardements de 14-18, les tranchées des deux camps sillonnent les collines. Les arbres ont été déchiquetés avec les hommes. De nouvelles pousses ont repris le dessus après quelques années figées, stériles, la vie a été longue à revenir. Rares sont les arbres plus que centenaires. La tige verte dans mes mains glisse sur les traces anciennes des hommes, caresse leur souvenir. Presque cent ans, c’est assez loin pour ne pas être douloureux, tous ces hommes qui ont souffert là seraient à nouveau morts.


19.10.11

Détails 1


Atelier du 18 octobre 2011

1/ Décrire le détail comme un très vieux souvenir

Nul ne sait à quand remonte le début du processus. Certains disent qu’au commencement étaient les racines, d’autres assurent que les feuilles apparurent les premières.
Huit feuilles d’un bleu presque gris, ouvertes vers la lumière, avides de grandir.
Huit feuilles veloutées au sommet d’une tige fièrement érigée.
Un miracle de vie, une soif ardente d’aller vers le ciel ; une brindille exsangue arrachée d’une plante, une branchette perdue entre ciel et terre qui refusait de mourir, s’obstinait à grandir jusqu’à jeter des racines dans l’air comme d’autres des bouteilles à la mer. Un appel vibrant et muet qui a su émouvoir le Dieu des Plantes Bleues jusqu’à le conduire à inspirer la main d’un complaisant humain et la guider à repiquer la tige dans un accueillant terreau où elle s’est enracinée.

2/ Point de vue en “je”

Je l’ai reconnu. Il est resté quelques minutes à m’observer et j’étais fière. je crois qu’il m’a trouvée belle. Je lui dois tant…
J’étais à bout de forces, ma tige avait donné tout son suc pour que se développent des racines. Je luttais depuis une éternité, je cherchais le sol pour enfin pouvoir me nourrir. Mes efforts restaient vains. Je savais la direction mais pas la distance et l’espoir m’échappait avec mes dernières ressources.
J’ai lâché prise et accepté la mort, m’en suis remise au Sort, à la volonté de la Grande Mère. Ils m’avaient abandonnée depuis si longtemps, sans eau, sans soins, sans une pensée aimante. Ils m’avaient arrachée sans même s’en rendre compte, imbus de leur hauteur, de leur capacité à bouger.
Comment peut-on vivre dans une telle inconscience de ce qui nous entoure ?
Bien sûr, d’autres ont eu leur faveurs. Choyées, abreuvées, objets de toutes les attentions mais je sais quel destin ils leurs réservaient, arrachées, séchées, consumées et transformées en fumée dans un infernal brasier.
J’ai résisté, prié, voulu la mort, voulu la vie et par un étrange destin me vois aujourd’hui à plonger mes racines dans le riche terreau prévu pour ces pauvres victimes.
La vie nous réserve de bien grandes surprises.
Celui qui m’a mise là attend de me voir grandir. Pour le plaisir.

3/ Nouveau détail : “tu”, complice poétique du détail précédent

Tu es le prolongement de la main du Destin
Tu canalises le vie ou bien tu la détruis
Tant de fois avant moi tu as accompli ton œuvre
Que tu as épousé la main qui te domine
Aujourd’hui, d’élégants cals rouges accueillent les doigts
Qui guident tes lames dans leur travail de coupe
Elles opèrent en paire, nettes et fatales
Étêtant, équeutant les tiges excédantes
Qu’il nous faut donc souffrir pour être pimpantes


BRIN

Un train brinquebalant suit les méandres et le rythme langoureux du fleuve nonchalant.
Rien ne presse. Le voyage n’a pas de fin et seul importe le chemin.
Les papillons qui s’abreuvaient s’égaient dans une gerbe, jouant à s’effrayer au passage cahotant de l’intrus d’acier. Les passagers les envient de voleter à leur gré alors qu’ils sont assis et cuvent leur ennui. Venir de si loin pour voir si peu de choses, quel est donc l’intérêt de traîner dans ces immensités ? La prochaine fois, nous choisirons la civilisation. Oui, c’est ça, un parc d’attractions !
Le train brinquebalant continue son train-train, entraînant ces passagers désœuvrés aux yeux et aux bras ballants.
Le soleil joue sur le miroir du fleuve. En sautant au travers d’un rayon de lumière, un poisson fait briller ses écailles et envoie un reflet dans les yeux d’un passager qui chausse ses lunettes noires en bougonnant.
Le train brinquebalant est joyeux sur ses rails. C’est son dernier voyage, la ligne va fermer. Il va finir ses jours sur une voie de garage.
Les brins d’herbe vont pouvoir lui chatouiller le ventre, pousser entre ses roues, caresser les wagons. Les oiseaux vont nicher à l’abri de ses bielles, les loirs vont banqueter au cœur de ses banquettes.
Le fleuve l’a prophétisé, un jour prochain il gobera les voies et les digérera dans le grand étalage de ses eaux réveillées. Les passagers seront loin, l’auront même oublié.
Les hommes qui viendront seront comme des pionniers alors il les guidera vers le convoi à l’arrêt. Respectant son grand âge, les herbes et les nids, ils feront une étape sans le déranger. Pour les remercier il peuplera leurs rêves de ses histoires de train, de papillons volages et de poissons d’argent.

Manuel

Détails 2




En employant le pronom “il” ou “elle”, vous allez décrire ce détail comme s’il s’agissait d’un très vieux souvenir.

1 - Il est à sa place sur la deuxième sphère, un point noir dans la galaxie. Il n’a rien de particulier, noyé dans la masse granitique. Les éclats de quartz qui l’entourent somnolent, absents. Seuls, sa rondeur et son vide sont vivants. Il est là de toute éternité, juste pour moi. Il m’appelait, dansait pour moi. Depuis des siècles, il n’avait pas bougé, pas changé. Tout est en place comme avant, les 3 sphères gardent la porte blanche, lui se perd sur le flanc gaugauche de la deuxième exactement à la même place que ce foutu point noir sur mon épaule qui n’a jamais voulu disparaître depuis mon adolescence. Sont-ils jumeaux ? Jumeaux de chair et de pierre ? L’enseignement de maître Zaokali m’apparaît en toute clarté face à ce point noir. Le vide est plein et c’est tout.
Je m’éloigne soudain saisie d’idées folles. Il disparaît pourtant je sais qu’il est là.
2 - Il danse, il crie, perdu dans la masse, il appelle
Elle approche, il grandit sous son regard
Elle décide : c’est lui
Il se gorge d’amour
Grain de pierre
Il est avec
Il est un
Il est tout
Pour elle
Parce qu’elle le voit

En employant le pronom “je”, vous “entrez” dans le détail.  Vous continuez la métamorphose, vous  habitez le détail ou vous êtes le détail. Laissez monter comme d’hab. 

Dans un premier temps, j’ai été intrigué. Deux énormes sphères marron au centre noir se sont approchées à une vitesse incroyable. Que me voulaient-elles ? Elles semblaient curieuses mais pas hostiles. Ça paraissait clair, c’était bien moi qu’elles regardaient. Je ne suis pas fière mais je me dois d’être beau grain pour une circonstance aussi étrange. Alors j’ai lustré mon vide, je me suis fait grand et les sphères marron se sont remplies de douceur. Je ne sais comment le dire mais ça m’a ému, je me suis senti beau, le plus beau de tous. Même les quartz scintillant de mille feux qui sont d’ordinaire l’objet de toutes les attentions ne les attiraient pas. J’avais envie qu’elles s’approchent encore, que les doigts de chairs qui prolongent la grosse sphère porteuse des deux petites sphères marron viennent m’apporter leur chaleur en me caressant doucement. Et le miracle s’est produit, j’ai su un instant ce que “bouger” voulait dire.
Parfois le soir, notre sphère de tête nous envoie des ondes pour nous enseigner les autres règnes. J’ai toujours eu du mal à comprendre. Mais là, maintenant j’en suis sûr, j’ai envie de connaître la sensation du mouvement, de quitter ce quartz trop blanc qui me fait de l’ombre, de changer de voisin, de partir en voyage. Oui.

Un nouveau détail,  le pronom “Tu”.  En faire un complice poétique du premier.

Tu es silice, tu es objet de toutes les attentions, les oiseaux se mirent, les sphères marron s’examinent parfois complaisantes, souvent critiques. Tu reflètes, tu ne passes pas inaperçu, toi, éclat de moi, savamment baigné, mélangé. Miroir, sans moi tu ne serais pas, tu es mon frère alchimisé, civilisé, connu, reconnu, représentant de toutes les vanités, tu portes malheur quand on te brise. Ça ne risque pas de m(arriver, on ne brise pas le vide d’un cœur de silice.
Tu n’es ni blanc ni noir, tu es tout ce qui se présente à toi, en fait tu est un tantinet schizophrène. Pauvre miroir, ta vie n’est pas toujours drôle. Tu supportes tout : rire et larme, rougeur et pâleur, langue chargée et dents douteuses. Parfois même des rouges à lèvre viennent dessiner sur ta face. Pauvre miroir, ils ne te laissent jamais en paix. Comme moi tu es dépendant de leur mouvement et ils t’aiment à la folie même quand ils te tirent la langue. Voilà ce que c’est d’être trop regardé. Finalement, je suis bien au milieu des miens. Peinard, en attendant l’atomisation finale.


Tendre, de Noir, de Raphaël Buccanfuso (http://www.raphaelboccanfuso.com/)

Infiniment noir
Noir, tout est noir, partout, rien ne trouble le noir. Un point voit le noir. Noir, tout est noir, toujours noir. Le point noir qui regarde force le noir. Noir, éclaire-toi. Alors le noir obéit, faiblement, de minuscules étoiles blanches percent le noir. Elles ne font pas les stars, à peine si le point noir les voit. Pourtant, elles sont là, personnages secondaires, elles peuvent disparaître sans troubler la densité du noir.
Un noir de velours, un noir sans détour, un noir de geais et d’obsidienne, un noir de placard et de soutane, un noir d’ébène et de sommeil, un noir tout doux, un noir familier, un noir aimé, un noir sans peur ni reproche. Du noir, rien que du noir, toujours du noir et c’en est même pas lassant, ça ne bouge pas.
Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir chante une voix dans ma galaxie, les stars s’agitent un instant puis redeviennent discrètes. Le point chasse la voix triste et se love à nouveau dans le noir. Un noir loin du polar, un noir loin du désespoir, un noir qui invite au repos. Un noir comme un tout insondable. Un noir qui conflue vers un point qui regarde. Ce point est-il sphère de granit ? Est-ce moi ? Tâche sombre, infime dans l’immensité.
Pascal, help, ferme les yeux m’intime le penseur, laisse-toi aller, ne cherche pas à comprendre, ça ne t'a jamais réussi, souviens-toi, petite, souviens-toi de toute les impasses où te menait ton obsession à comprendre, ferme les yeux petite, laisse faire.
Là dans le noir, laisse les bulles jaillir, laisse flotter les idées volatiles, n’attrapent que celles que tu désires vraiment. Installe-toi dans le noir, apprécie ce temps de repos avant de retourner vers les couleurs et le mouvement perpétuel. C’est sur l’écran noir que naît ton futur, ton passé, ton présent, c’est là que la mélodie sonne juste, que l’amour prend ses aises et s’épanouit, ferme les yeux petite, laisse-toi conduire vers la paix du cœur de silice. Là, maintenant, savoure la volupté et le luxe d’une petite robe noire posé sur ton corps délié dansant au firmament de l’univers où tout est rien et rien est tout. Cesse de te forcer à écrire, il n’y a rien à écrire, seul subsiste le noir, un trou noir en quelque sorte.
Catherine

Détail, Atelier 3



Ateliers de la coquille
Saison 9 - 2011-2012 - n° 3 - 18 octobre 2011
Détails


Chauffe précise (massage et auto-détente)
Par 3, observez celui qui reçoit le massage et choisissez avec soin une partie très précise de sa peau que vous masserez avec une très grande attention et énormément de tendresse. Tourner. Le tout en silence of course.

Vous allez vous baladez dehors, pas trop loin et vous allez choisir un détail, n’importe lequel (laissez-vous attirer, séduire…) et vous l’observez, vous vous en imprégnez puis revenez (10 mn) (vous ne discutez pas entre vous vous restez avec votre détail dans une attitude de flottaison ou d’entomologiste ou les 2… je vous donnerai le top retour).

• 2 petites chauffes écrites de 10 mn autour de ce détail.

• En employant le pronom “il” ou “elle”, vous allez décrire ce détail comme s’il s’agissait d’un très vieux souvenir. 

• En employant le pronom “je”, vous “entrez” dans le détail.  Vous continuez la métamorphose, vous  habitez le détail ou vous êtes le détail. Laissez monter comme d’hab. 

• Vous choisissez maintenant dans la pièce un nouveau détail.  Vous employez maintenant le pronom “Tu”. Vous en faites un complice poétique du premier. Interprétation de la consigne libre…

• Maintenant je vais vous conduire rapidement vers l’immensité…

• Sitôt sorti de ce mini rêve éveillé.  Vous partirez la plume alerte, le verbe haut, le mot vaillant où bon vous semble, porteur des instants qui viennent d’être vécu. 
De l’infiniment grand à l’infiniment petit…
De l’infiniment petit à l'infiniment grand… 
Que tout ceci est vaste et précisément là ce soir pour un temps d’écriture.

• Avant la lecture, à la fin de l’écriture, donnez un titre, un genre…

17.10.11

Chocolat 4



1. Je suis l’écorce,  caressée par la main, qui ne m’appartiens plus. 
Je suis la fibre devenue, durcie par le temps, le soleil de midi.
Je suis une enveloppe qui délimite mon corps tout entier, de la tête au pied, des racines à ma cime. 
Je bouge et me déhanche au rythme du vent qui agite mes feuilles. 
La terre est mon berceau, mon cercueil,  ma source de vie, ma sépulture. Je suis de bois, plus vivant qu’un vivant, plus sensible, puisqu’on me touche et me caresse et même parfois m’enlace. 
Je suis une parenthèse, une source de vie, oui, une ornement, une raison de vivre. 
Je vis avec ces mains, qui ne m’appartiennent plus, non, et au contact de mon cuir, transmettent le désir infini de l’amour, de la joie. 
Je suis un arbre. 

2. Ma robe est noire. Elle m’habille et convoque un éther, qui m’entoure, et me pare d’un mystère que le monde m’envie. Je marche lentement, je danse lentement, à la blanche, à la ronde. 
Les gens autour de moi s'effacent  dans un instant d’effroi ou bien d’admiration. Peu importe. 
Je suis ce qui est sous la robe, je suis la robe, je suis le contour, la surface et l’intérieur que je suis seul  à voir, de mes yeux intérieurs. 
JE SUIS LE MYSTERE. 
Je suis un entre deux, la circonférence du pile et du face d’une même pièce. Je suis les deux. Gagnant à chaque fois, perdant à tous les coups … Atterrir sur la tranche, ça n’existe pas. 
Je suis hésitant, ciel de nuages sertie d’un arc en ciel. 
Je suis un mélange, réussi pour les uns, impur pour les autres. Je suis un peu de ci, un peu de ça … encore un peu de ci, encore un peu de ça. Ne cherchez pas en moi le résultat d’un calcul savant, d’une alchimie secrète ou millénaire. 
Je suis le résultat d’un petit quelque chose, sans cause et sans effet. 
JE SUIS LE HASARD. 
Je suis blanche, éternelle colombe, et apporte la paix. Je suis divine, silencieuse et précieuse. Je suis une pluie de photons, une veine, qui porte en son sein un courant de matière, de masse nulle. Energie infinie. 
Je suis aveuglante, apaisante, piquante et naturelle. 
JE SUIS LA LUMIERE.


3. Sur le sol, balayé par le vent, lessivé par la pluie, craquelé par le soleil sec et brûlant, plus plus brûlant que le feu d’un brasier, les racines affleuraient. Elle s’étalaient, tantôt dans la lumière, tantôt en apnée sous la terre.  Elles quadrillaient un territoire, sans espoir pour quiconque viendrait s’implanter. 
Sous la terre, le mystère opérait, s’enchevêtrait, acheminait la matière première pour la montée des cieux. Tout se passait dans le noir, à l’abri de l’air. C’est là que le mystère était le mieux. 
Sous la terre, un océan de poussière, compact et généreux, donnait de la matière au tronc majestueux. 
La hasard un jour, en avait décidé ainsi. Ce sera ici ! Là où il n’y avait rien. Là où surtout, pas un home n’aurait tenté l’aventure. 
Tu seras baobab avait dit le hasard lorsqu’il lança en l’air une poignée de graines … et que le meilleur gagne.  Il faudra du courage, la terre vous le rendra. 
La terre, c’est le mystère. Enfin, le mystère, c’est sous la terre. Là où on ne voit pas. 
Une graine fit son chemin. Au hasard d’une pluie pu s’accrocher puis déplia une première tige, et puis, sa première feuille. 
Le hasard faisant les choses, il plut et fit soleil en alternance régulière. Une aubaine. 
La vie se déroulait, mystérieuse, hasardeuse, toujours chanceuse. 
La lumière, divine lumière, faisait croître le tronc, les branches, drapées d’un vert mature. 
L’arbre montait, s’élargissait, prenait la place qui lui était réserve, par le mystère, par le hasard, par la lumière
Trois siècles, quatre peut être  … un beau jour, il perça les nuages, en avant, vers le ciel.  

Yves

14.10.11

Chocolat 3


CHOCOLAT
Atelier du 4 octobre 2011



Méditation début de soirée
Le vide, un vide pourtant bien rempli de deux éléments, je suis juché sur une noix flottant dans ce vide « noir ».
Je suis tout petit, les yeux écarquillés, presque apeuré et je gonfle, gonfle et gonfle encore, mes bras, mes jambes ne changent pas, quant a mon corps il s’effrite, se déchire doucement, ses déchirures forment un escalier dans son axe.
Est-ce ma sortie ?
Une étoile scintille, trop tard, puis STOP.

Trois carrés de chocolat, au lait, noir, blanc, trois personnages…
1 - Il a une chance inouïe, il est pur, tantôt corsé, tantôt amer, mais toujours sur de lui, il sait qu’il  apporte de la force dans certaine occasion et de l’amour dans certaines autres, il peut faire baisser la pression, la tension, il ravive les papilles et on ne l’oubli jamais.
2 - Quant a lui, il est partagé, il a du mal a vivre ce mélange de corps qui le différencie, il ne sera jamais pur, il sera aimé bien sur, mais pas autant que l’autre, pourtant il s’efforce, il apprends des mélanges, il y met des mots, des mets, des ingrédients. Il vit mal son partage.
3 - Bon, alors lui, pas de bol ! Il est gras, pas bon d’abord, ce n’est même pas un vrai, c’est un trompeur, un tricheur, un falsifier, un gros tas de gras, il n’est pas beau.

Texte, on débute par « sur le sol » pour finir par « vers le ciel »

Coule, CHOCOLAT, et libère ta saveur
Sur le sol, je me tenais debout, il n’avait rien de rassurant, son écorces n’était pas lisse et m’empêcher de maintenir un équilibre stable, il était rugueux, piquant, et me faisait mal aux pieds. J’étais dans un vide sidéral ; m’enveloppant de ces bras noirs, il n’avait rien de rassurant, une odeur amer et acre pénétrait par mes narines, j’avais envie de vomir, en fait tout autour de moi, le noir dominé, je n’apercevais aucune porte de sortie. Il pénétrait par tous les pores de ma peau et je gonflais. La peur, ma peur, mon corps appelait à l’aide, je n’étais pas préparé ace voyage, il s’imposait a moi faute d’avoir voulu l’écouter.
Dans le discours d’investiture du roi CHOCOLAT, sa pureté m’avait transportée, sa saveur m’avait bercée, son amertume et sa rudesse m’avait rendu plus fort, je l’avais suivi comme tant d’autres vers l’insoutenable ; Le « j’en peux plus ».
J’avais pourtant senti les avertissements, son premier ministre, sa moitié moitié, cette espèce d’énergumène par qui le message odorant passé, cette moitié moitié qui ne savait pas comment se positionner.
Quant au ministre de l’intérieur, j’aurais du me douter, sous son apparence bedonnant et ses rondeurs opulentes ce blanc bec, petit gras, pas beau. Il fallait que je m’échappe puisque ma tête ne suivait plus, mon corps prenait enfin sa place. Je t’écoute, ouvre toi, continu de gonfler, explose et libère toi, prends ton escalier imaginaire et monte vers le ciel.  

Armand

9.10.11

Chocolat 2


Atelier du 4 octobre 2011

CHOCOLAT

Visualisation d’un cacaoyer…

Plus profond. Vers l’ouest. C’est ça. L’appel vient de là-bas. De l’eau, des traces d’humidité. Il faut lancer une expédition. Creuser, fouiller, avancer, créer une ramification. L’humidité appelle. Les gouttes veulent remonter. Vers la lumière, vers là-haut. Moi, je suis là pour ça. Aider tous ces éléments à se transformer à changer de vie et moi, j’ai besoin d’eux pour grandir et me reproduire. Le marché est honnête. L’eau et les minéraux m’appellent et je vais vers eux. Je suis comme un ascenseur. Ils se servent de moi et je me sers d’eux pour créer plus de moi.
Le temps compte très peu et moi je peux bouger, enfin, aller vers eux. Ils m’attendent ils comptent sur moi. C’est ma mission. D’ici, sous la terre, je les fais sortir de l’ombre afin que d’autres nous absorbent et nous emportent ailleurs, plus vite, plus loin, plus haut. C’est le cycle. jusqu’à ce que chaque élément primordial revienne à la terre. Jusqu’à la prochaine expérience, le nouveau cycle, la nouvelle transformation.
Prenez-en de la graine.

Trois carrés de chocolat, au lait, noir, blanc, trois personnages…

La bon …
Il est aimé par la majorité. Onctueux, fondant. Les petits l’adorent. Sa couleur marron clair lui donne bonne mine, comme le soleil lorsqu’on rentre de vacances. Qui pourrait se méfier de lui ? de sa douceur ? Il veut être votre ami et vous devenez inséparables. il prend la maîtrise de votre volonté. Vous croyez l’avaler mais c’est lui qui vous possède.

… la brute …
Son amertume, sa noirceur vous repoussent et un jour, par bravade, vous décidez de vous mesurer à lui. Sa violence vous assaille, vous emporte et cette expérience parfois extrême laisse en vous une trace indélébile. C’est plus fort que vous, il vous faut recommencer. Il a gagné, vous ne pouvez plus vous passer de lui, il vous maîtrise et vous êtes prêt à toutes les bassesses pour y goûter une fois encore. Une dernière fois. Puis une autre…

… le truand
Rien dans sons aspect blafard n’inspire le désir. C’est un usurpateur, il a acheté son nom. La création maléfique d’un esprit torturé qui, rongé par l’envie, a tenté de créer cet ersatz insipide. Voire… N’y touchez pas, vous vous feriez avoir. Vous avez tout à y perdre et lui tout à y gagner. Peu à peu, il vous paraît sympa, puis attirant. Méfiez-vous…

CHOCOLAT 1

Sur le sol, une tartine. Le Nutella commence son histoire d’amour avec les boucles de la moquette blanche. C’est bien connu, la moquette aime tellement le chocolat que jamais elle n’accepte de le laisser complètement partir. La maîtresse de maison le sait bien ; elle lève les yeux aux ciel.

CHOCOLAT 2 - Vingt heures sonnées

Sur le sol
Sur le dos
Je me suis allongé
Tu joues ta symphonie
Sur mes papilles pâmées
Vingt heures bien sonnées
Dans ce décor anglais
Je t’ai déshabillée
Toi, mon amante noire
Telle une ostie sacrée
Je t’ai délicatement déposée
Sur ma langue profane
Puis contre mon palais
Ta peau fine a cédé
Virginal hymen
Qui protégeait le flot
Des saveurs impétueuses
Désormais libérées
Ma bouche s’embrase
Tout mon corps frémit
Un frisson capital
Court sur ma nuque ravie
Je savoure longtemps
Cet hold-up de mes sens
Mais inexorablement
Le plaisir consumé
Me laisse un goût amer
Un manque intolérable
J’en rêve, j’en re-veux
Je n’aurai pas la force
Il m’en faut encore
Attendre
Le plus longtemps possible
Repousser l’inévitable
Lutter, ne pas céder
Puis comme un possédé
Avec volupté
Assouvir enfin le désir
Me laisser emporter
Comme par une prière
L’hymne d’un Chérubin
À la voix de miel
Vers le ciel.

Alfred

8.10.11

Atelier 2 (saison 11-12) Chocolat


Ateliers de la coquille
Saison 9 - 2011-2012 - n° 2 - 4 octobre 2011
Chocolat

Chauffe gourmande (massage et auto-détente)
Se masser mutuellement le nez, le tour des orbites et s’écrire une phrase tendre dans l’air.

• Distribution des petits paquets. Devant vous ces trois carrés de chocolat (1 noir, 1 lait, 1 blanc). Vous pouvez vous régaler des gâteaux présents sur la table, boire un coup mais ces trois carrés-là ne seront dégustés qu’au deuxième moment d’écriture ;-)

• Panier de mots autour du mot Chocolat. Laisser tourner le mot jusqu’à épuisement des métaphores, réminiscences et autres évocations.

• Petite méditation rapide des trois carrés jusqu’au cacaoyer, puis la cabosse et enfin les racines de l’arbre. Situez-vous à un endroit de la méditation et devenez cet instant, laissez gonfler ce moment-là, racontez-le nous de l’intérieur, situez-le dans un extérieur.

• Établissez une fiche personnage par carré de chocolat = 3 personnages. Soignez, dégustez vos personnages, inventez-leur une vie, une trajectoire. Pour l’instant ne les laissez pas inter-agir, ni communiquer entre eux. Ils sont trois individualités autonomes.

• En vous inspirant de votre premier texte (ou pas) et des trois personnages (ou pas), écrivez le troisième texte qui s’intitulera Chocolat et commencera par : Sur le sol… (incipit) et s'achèvera par :  Vers le ciel. (excipit). 

Le genre du texte est libre, sa forme itou.


III
Sur le sol, une fève abandonnée
Sur le sol, son frère pleure, les bras en croix, les yeux tournés vers le ciel
Sur le sol, une hirondelle s’est posée
Sur le sol, Miloalt est assise, elle chante. Sa tresse noire caresse son dos. Dans ses mains, deux cabosses sont maracas. Le roulement des fèves souligne sa mélopée rauque et gutturale. Un orage de tristesse guide sa voix.
Devant eux, le ciel s’éteint
Devant eux, les arbres deviennent fantômes
Devant eux, l’espoir de rencontrer Xolotalt, le vieux sage des monts de l’Ouest
Devant eux, la vie
Derrière eux, la rumeur, la bêtise, la sottise, la fuite. Alors, elle chante entre l’alouette et la chouette, elle appelle la lune et la sagesse. Elle couche le soleil au son d’une tendre comptine tandis que son frère vide son désespoir. Elle berce sa peine, elle l’encourage. Elle sait qu’un homme doit pleurer. Il n’y a pas de honte. Il sait que le temps des larmes est pour cette nuit.
L’hirondelle s’est posée sur le sol, il pleuvra demain, juste un peu, le matin. Elle les suit, petite et noire. L’hirondelle est le cadeau de Terzoal. Elle est leur guide vers l’ouest.
Ce soir ils sont enfin en paix
Ces soir, ils sont enfin seul
Ce soir ils peuvent enfin se reposer
Ce soir, ils peuvent enfin lever les yeux vers le ciel.

Le cacaoyer est triste au flanc de la colline. Hier, les hommes sont venus. Hier, leur chef l’a frappé de son bâton. Hier, son acolyte a dessiné une croix jaune sur son tronc gris. Du temps d’avant il aurait trouvé l’ornement seyant mais aujourd’hui il sait. Il sait qu’il est vieux. Il sait que ses cabosses se font rares. Il connaît les hommes, ils connaît leurs mains sur lui. Il sait leur amour, leur indifférence et leur haine.
Ce matin, un oiseau a chanté sur sa branche l’histoire d’un plus vieux que lui, caché au cœur de la forêt. On ne change pas son destin, lui, il est de la colline, il mourra demain.
Pour chasser l’affolement de sa sève, il pense à l’oiseau, il les aime, il les appelle petits facteurs mais l’oiseau de ce matin n’est qu’un flagorneur. Les hommes ne s’y sont pas trompé. Ils l’attrapent pour le forcer à apprendre leur langage. Quelle étrange race, les hommes sont si changeants. Le voilà philosophe une dernière fois avant que demain ses racines hurlent, que sa cime tombe, toutes branches en avant, précipitées à terre.
Ciao cacaoyer.

II
Le premier - Quand son père est arrivé en Suisse, il a cru mourir de froid, de solitude, de silence, de peur. Quand son père, un fier congolais au sourire plus large qu’une chaloupe, rencontra sa mère. Son père crut mourir d’amour, de tendresse, de joie et de courage.
Elle était blanche, il était noir et je suis laid. Eux, ils étaient beaux mais moi je suis laid. J’ai 17 ans, je vis dans le Valais et je suis laid. Je ne crois jamais ceux qui me disent le contraire. Ceux qui me trouve bon, je les crois un peu. Ceux qui me trouve Suisse, je leur ris au nez. Mon père rassure ma mère en affirmant que ça va me passer, je ne les crois pas.
La deuxième - Myriam était mannequin jusqu’à ce matin. Aujourd’hui, elle quitte l’Europe pour le rejoindre en Nouvelle-Caléonie à la pointe de l’île sud.
Le troisième - J’ai 7 ans et j’ai mal au ventre. Ma mère me gave en vrai et au figuré. Je suis super intelligent et ils me considèrent comme un naze. Je songe à boycotter ma famille, je patiente mais c’est dur. Ils ne même pas imaginer ce que je vais devenir, moi non plus mais j’ai confiance.

Catherine

1.10.11

Gastromot 2


Saison 9 - 2011-2012 - n° 1 - 20 septembre 2011
À la cuisine des mots pour un menu “gastromot”
Double croche

La cuisine de Marie
Version n°1


Il m’avait invitée, c’était la première fois. Une surprise qu’il tenait à me faire, avait-il dit  en conduisant sur une petite route sinueuse de montagne.
La terrasse de la petite auberge était encore ombragée. Une brise agréable  rendait la canicule accumulée  supportable  en ce début de soirée, et après avoir siroté un apéritif, personne ne nous  a demandé de choisir le menu. C’était  « plat du jour  de la patronne ». 
Le patron quant à lui, dressait la table en souriant idiotement.  Une affaire de famille : deux  tables   et eux seulement pour le service. Il fallait connaître l’endroit  pour atterrir dans ce lieu étrange.  En fait, mon amoureux  avait  réservé et ils nous attendaient.
L’entrée nous  fut assez rapidement  servie : des encornets farcis. Dès la première bouchée, une déclinaison  de saveurs épicées, grillées envahit mon palais. C’était moelleux à l’intérieur, croustillant  à  l’extérieur, surprenant dans ces consistances contradictoires. Un zeste de citron, un filet d’huile d’olive, un soupçon de gingembre…Quel hors-d’œuvre !!
Découvrir à chaque bouchée un ingrédient  invraisemblable est un plaisir jouissif.
Le patron souriait toujours aussi béatement.
Ensuite,  nous eûmes droit à « un pavé d’aventures à point » : sublime ! Des aventures en veux-tu en voilà, des aventures de chevaliers, de pirates, de cow-boy,  de criminels en tout genre, des aventures à l’eau de rose, sentimenthalo ou encore des épiques, des héroïques. Incroyable ! Je sentais qu’elles étaient vraiment à point. La cuisson était parfaite. Ce plat d’aventures me réjouissait l’âme autant que le palais. C’était un vrai bonheur que de déguster ces aventures jusqu’à lors inconnues.
Le patron au sourire avenant nous servit « une mousse au chocolat  façon Zola ». Le chocolat était amer, profond, la mousse légère, onctueuse : un terril dans une coupe de porcelaine blanche. Trop beau ! Trop fondant !  Trop bon ! Insolite !
C’est au moment où la patronne sortit  de sa cuisine  en essuyant les mains sur son tablier  que son patron de mari déboucha alors un  « château  sans pagne rosé ». Idée lumineuse !! Feu d’artifice dans la coupe et dans la bouche. De petites bulles explosaient lentement en copiant  Mozart. J’avais  alors ressenti la beauté de la vie. C’était tout simplement magique : la patronne était une artiste, le patron (au sourire malicieux) semblait sortir d’un conte. Nous étions tous les quatre ravis, joyeux, heureux… J’aurais aimé que cet instant  dure toute la vie.
Dommage qu’il ne m’ait invitée qu’une  fois .

Version n°2


Il m’avait invitée, c’était la première fois. Une surprise qu’il tenait à me faire, avait-il dit  en conduisant sur une petite route sinueuse de montagne.
La terrasse de la petite auberge était encore ombragée. Une brise agréable  rendait la canicule accumulée  supportable  en ce début de soirée, et après avoir siroté un apéritif, personne ne nous  a demandé de choisir le menu. C’était  « plat du jour  de la patronne ».
Le patron quant à lui, dressait la table en souriant idiotement.  Une affaire de famille : deux  tables   et eux seulement pour le service. Il fallait connaître l’endroit  pour atterrir dans ce lieu étrange.  En fait, mon amoureux  avait  réservé et ils nous attendaient.
L’entrée nous  fut assez rapidement  servie : des encornets farcis. Et farcis à quoi, s’il-vous-plait ?  Dès la première bouchée, une déclinaison  de saveurs amères, iodées, grillées envahit mon palais. C’était moelleux à l’intérieur, tendre  à  l’extérieur, surprenant dans ces consistances  similaires. Du citron, de l’huile d’olive,  de la  moutarde aux câpres, mais aussi un arrière gout de marée …Quel mélange !!
Découvrir à chaque bouchée un ingrédient  invraisemblable peut être  déroutant.
Le patron souriait toujours aussi béatement.
Ensuite,  nous eûmes droit à « un pavé d’aventures à point » : Aïe, Aïe aïe ! Des aventures en veux-tu en voilà, mais seulement  des aventures de cul. Incroyable ! Je sentais qu’elles étaient vraiment  à point, c’est sûr. La cuisson était parfaite. Ce plat d’aventures me réjouissait le corps autant que le palais. C’était une réelle aventure  que de déguster la plupart de ces aventures jusqu’à lors inconnues.
Le patron au sourire pervers nous servit alors  « une mousse au chocolat  façon Zola ». Le chocolat était amer, profond, la mousse légèrement trop compacte : un terril dans une coupe de porcelaine grise. Trop triste ! Trop sinistre, mais…  insolite.
C’est au moment où la patronne sortit  de sa cuisine  en essuyant  les mains sur son tablier taché  que son patron de mari effrayant  brandit un impressionnant  coutelas. Il se dirigeait vers nous de manière inquiétante  quand il sabra  énergiquement  un  « château  sans pagne rosé ». Idée saugrenue !!Explosion de verres,  jet de liquide sanguinolent. Des  bulles explosaient  furieusement. J’avais  alors ressenti la peur de ma vie. C’était tout simplement dramatique, ça virait au cauchemar : la patronne était une empoisonneuse, le patron  semblait sortir d’un asile et mon amoureux  … détala au triple galop !
J’aurais aimé que cet instant  n’existe pas.
Je n’ai accepté ses invitations  qu’une seule  fois.