7.12.11

Couleurs - Les consignes


Ateliers de la coquille
Saison 9 - 2011-2012 - n° 6 - 29 novembre 2011
Couleurs


Chauffe massage escargot et petite visualisation.

1 - D’après les "Pensées classées", de Georges Perec
Entrer dans la litanie, entrer dans la liste :
Je n’aimerais pas vivre… mais parfois si

11 - Couleurs

Sans utiliser la couleur proposée, laissez monter la phrase qui va avec, celle qui lui va bien, qui symbolise pour vous cette couleur, la phrase représente et métaphorique.
Bleu
Blanc
Vert 
Orange
Rouge
Jaune
Violet
Noir
Rose

111 - Le grand texte

• En utilisant dans votre texte, trois des phrases (au minimum) précédemment écrites.
• Avec pour incipit une de vos :  “Je n’aimerais pas vivre… mais parfois si”
Écrire un monologue intérieur (si possible qui ne vous ressemble pas trop ;-)) ayant pour titre 

La couleur des sentiments

111 - On termine avec le petit jeu de la Coquille qui devient grand

Couleurs 3 - Perec



Atelier du 29 novembre 2011 : 
Hommage à Georges Perec

« Je n’aimerais pas vivre … mais parfois, si. »

Je n’aimerais pas vivre, je n’aimerais pas mourir mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre aux crochets de l’autre mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre en Italie mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre et laisser mourir mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre sans toi mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre sans toit mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre sans moi mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre sans mois mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre sans sol mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre sans marteau mais parfois, scie. 
Je n’aimerais pas vivre sans poisson mais parfois, scie. 
Je n’aimerais pas vivre au rabais mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre sans filtre mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre sans histoire mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre sans fin mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre sans manger mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre sans avoir vu Syracuse mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre dans une routine étouffante qui assurerait ma sécurité mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre à petit feu mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre sans foi ni loi mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre une autre vie que la mienne mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre sans les apéros festifs de Marie-Andrée mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre pour rien mais parfois, si. 
Je n’aimerais pas vivre inconnu de tous et privé de succès mais parfois, si. 





Sensations et mots sur des couleurs

Bleu :
Le petit nouveau, tendre comme un agneau qui va se faire croquer par le méchant sergent.
Le témoin d’un mauvais coup.

Blanc :
Drapeau immaculé, linceul et sports d’hiver, il est virginité.
Le partenaire bien frais pour boire un coup.

Vert :
Irlande et pâturages, jeunesse et moisissure, il fait parfois grincer les dents ou bien crisser les pneus.
Le signal du départ et de la permission

Orange :
Le soleil de l’hiver en jus vitaminé.
Le danger n’est pas loin, nous voilà prévenus. Après, pas de quartier, les carottes sont cuites.

Rouge :
Plus rien ne bouge, tout est figé. Les jeux sont faits, rien ne va plus. On transpire à grosses gouttes et seul rest l’espoir.

Jaune :
Poussin, nain, canari. Il est l’heure même si le temps est compté. Ça tache et ça attache. Les blés sont coupés.

Violet :
Ultra toulousain et deuil en grande pompe. Violence, passage en force radical.

Noir :
Trou, fin et le trésor au bout de l’ombre. Chaleur, soleil et bonne mine de charbon.
Et à l’or ? Jaillissement dans le désert et marée de mort.

Rose :
Défi de fille, ruban, poupée et teint frais. Il joue sur les joues et les fesses das petites cochonnes.
Une fleur qui s’épanouit aux teintes infinies pour d’infinis bouquets au parfum d’amour tendre, ou pas !



Texte
Monologue intérieur
Incipit : un  « Je n’aimerais pas vivre … mais parfois, si. » choisi parmi les précédents.
Insérer trois des textes des couleurs parmi les neuf précédents
Titre : La couleur des sentiments


LA COULEUR DES SENTIMENTS

            Je n’aimerais pas vivre une routine étouffante qui assurerait ma sécurité mais parfois, si. Je serais prêt à jouer le petit nouveau, tendre comme un agneau qui va se faire croquer par le méchant sergent, c’est le prix à payer pour la sécurité.  Jouer les militaires pour avoir la paix, délicieux paradoxe, vous en conviendrez et moi j’en suis devenu con.
Désormais, pour moi, plus rien ne bouge. Tout est figé, les jeux sont faits, rien ne va plus. On transpire à grosses gouttes et seul reste l’espoir. L’espoir qu’il n’y ait pas la guerre mais il y en a peu. Partout, on nous y prépare : exercices physiques et alimentation saine afin de nous faire mourir en bonne santé. On nous gave de remontants et d’oranges fraîches, le soleil en hiver, jus vitaminé. Le danger n’est pas loin, nous voilà prévenus. Après, pas de quartier, les carottes sont bientôt cuites.
Peur bleue et colère nire se disputent mes tripes. Je hais ma lâcheté qui m’a conduit au pire. Je suis au fond du trou et les questions me minent. Je dois me détacher, renoncer, lâcher prise afin de moins souffrir du manque et de la perte. Ne s’accrocher à rien pour ne rien regretter et surtout pas la vie.
Mais l’amour fait des siennes et vient me tourmenter. Jour et nuit il m’obsède et vient me harceler. De mon cœur, à pleines mains, il me faut l’extirper pour enfin parvenir à m’anesthésier. Il m’échappe, me fait un pied de nez, m’en fait voir de toutes les couleurs.
J’aime comme on tombe malade.
J’aime, c’est incurable.
J’aime, je dois me pardonner.

Alfred

Couleurs 2 - Burka



I)               Entrez dans la liste - Atelier du 29/11/11

Je n’aimerai pas vivre sous une burka, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre dans un igloo mais parfois si
Je n’aimerai pas vivre comme un crocodile, mais parfois si
Je n’aimerai pas vivre trop vieille, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre insecte, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre sous l’Equateur, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre dans 20m2, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre dans une galerie marchande, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre au dernier étage d’un gratte-ciel, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre avec des chaussures trop petites, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre blonde, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre aveugle, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre handicapée sur un fauteuil, mais parfois non.
Je n’aimerai pas vivre aux USA, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre sans frère ni sœur, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre prisonnière, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre bleue comme un Schtroumf, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre sans musique ni livres, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre chaste, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre en Roumanie, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre dans un pays en guerre, mais parfois si.
Je n’aimerai pas vivre dans une fosse septique, mais parfois si.

II)              Sans utiliser le mot de la couleur, faire une phrase pour chacune d’elles.

BLEU : Sous un ciel sans nuage, je buvais un curaçao.

BLANC : Des flocons tombaient sans cesse depuis la veille et formaient maintenant  un épais tapis blanc.

VERT : Toutes les nuances du printemps s’étalaient devant moi en ce jour d’espérance.

ORANGE : Petites ou grosses sphères, de la mandarine au potiron, ces fruits donnent de la bonne humeur.

ROUGE : Du sang dégoulinait de la plaie béante et imprégnait le T-shirt de l’accidenté.

JAUNE : un coffre de vieilles pièces dorées ouvert en plein désert à midi.

VIOLET : Dans sa tenue liturgique l’évêque avançait vers l’autel de St Sernin. Ô Toulouse !!

NOIR : C’était un enterrement, les gens pleuraient, pire que devant un tableau de Soulage.

ROSE : Il va enfin casser le petit cochon tirelire pour son anniversaire et ça le remplit de joie.


III)            La couleur des sentiments. Texte dont l’incipit sera une phrase de la litanie exo1 et qui intègrera 3 phrases des couleurs exo2.

Je n’aimerai pas vivre sous une burka, il me semble que je manquerai d’air. J’ai besoin d’espace, de liberté. J’ai besoin de grand air pour (vert) profiter de toutes les nuances du printemps qui s’étalent devant moi les jours d’espérance. Une burka (violet) c’est un peu comme la tenue liturgique d’un évêque qui avance  vers l’autel de St Sernin, c’est triste, un peu sac à patates qui, j’en suis sûre, me coincerait aux entournures. Je ne pourrai pas sauter à la corde, jouer à « musclor » avec mes copines de gym. Sac à patates, sac poubelle même ; je me sentirai tout sauf femme, sans forme, sans pouvoir répondre aux sourires des amis. La vie me semblerait  terne, grise sous une burka. Mais parfois, je crois que j’apprécierai d’être planquée, incognito dans la foule, être comme un espion : voir sans être vue, reconnue. C’est ce que disent  les femmes voilées, ça procure une certaine liberté et une sensualité joyeuse quand on la quitte.
Coucou, je me dessape, tu vas voir ce que tu vas voir, ce que les autres ne verront jamais. Je vais te montrer mes yeux, mes épaules, mes seins et mes fesses. Tu verras (orange) de petites et grosses sphères qui donnent de la bonne humeur. Tu as intérêt à en profiter sinon, je remballe le tout sous cette burka qui m’éloigne des autres mais en même temps qui m’en protège.
Aller vers les autres, aimer les contacts et aussi apprécier la solitude, l’anonymat et l’indifférence des gens, chacun vit avec ses contradictions, non ? Je vais peut-être (rose) casser le petit cochon tirelire pour m’offrir une burka….

Marie

Couleurs 1 - Les nuages roses



1
Je n’aimerais pas vivre ivre mais parfois si
Je n’aimerais pas vivre aux Philippines mais parfois si
Je n’aimerais pas vivre malade mais parfois si
Je n’aimerais pas vivre en sanscrit mais parfois si
J’aimerais vivre mais parfois non
Je n’aimerais pas vivre là mais parfois sol
Je n’aimerais pas vivre la mais parfois si
Je n’aimerais pas vivre do mais parfois si
Je n’aimerais pas vivre l’hiver mais parfois si
J’aimerais vivre longtemps mais parfois non
Je n’aimerais pas vivre dans la maison de ma mère mais parfois non
Je n’aimerais pas vivre hêtre mais parfois chêne
Je n’aimerais pas vivre couteau mais parfois scie
Je n’aimerais pas vivre marteau mais parfois sage
Je n’aimerais pas vivre zag mais parfois zig
Je n’aimerais pas vivre ivre mais parfois si
J’aimerais vivre tendre mais parfois non
J’aimerais vivre
Je n’aimerais pas vivre ici mais parfois si
Je n’aimerais pas vivre crêpe mais parfois si
Je n’aimerais pas vivre cette liste longtemps mais parfois si

2
Bleu 
Sur sa robe, il coule en cascade jusqu’à ses hanches
Blanc
780 km, sur la steppe blanche, ses chiens aboyants et fringuants n’avaient que faire de sa peine
Vert
J’étais à l’intérieur d’un poivron géant. Une lumière perçait à travers la chair aqueuse, sortir était devenu dangereux. Ce poivron humide semblait m’avoir adoptée, c’était une chance
Orange
Il appuya sur la peau d’une mandarine. Un jet d’agrume frais chargea l’air de la chambre. La grisaille s’était levé mais ils restaient couchés, souriants à leur bonne fortune
Rouge
Opéra, siège de théâtre, passion, toro, cape, capeline, rose,, elle dodelina la tête avant de partir rejoindre ses rêves de gloire
Jaune
Indes, 6h30 du matin, Benares, le fleuve s’éclaire lentement, au loin des litanies montent des temples, une enfant me sourit, ses yeux encore dans le rêve de la nuit, la journée s’annonce calme, je me sens bien
Violet
Quand elle déposa le panier de myrtilles sur la table, 20 petites mains plongèrent sans retenue. Bientôt, joues, bouches, doigts, mains et pantalons s’ornèrent de vivent teints. Alors elle rassembla son monde et descendit à la rivière
Noir
Comme un drame dans le soir, il s’écroule ivre de bière et de Jazz
Rose
La barbe à Papa lui collait au menton. Sa mère la pressait de courir vers le métro mais elle ne bougeait pas fasciée par ce nuage de sucre qui lui couvrait la vue. La neige alentour ajoutait à la féerie et sa mère pouvait bien gueuler, elle était statue de reine.


3
Je n’aimerais pas vivre ici plus longtemps… mais si je reste à regarder ce papier peint assez longtemps, j’oublie ennui et monotonie. En suivant les arabesques violets du mur face à l'alcôve, je me souviens de lui appuyant sur la peau d’une mandarine. Un jet d'agrume frais chargeait l’air de la chambre et nous restions couchés souriant à notre bonne fortune. Dehors, la steppe éclairée par la lune était givrée, les chiens aboyaient.
Je peux bien bailler aux corneilles, personne ne s’inquiète de ma peine tandis je grandis frêle et discrète à l’ombre du donjon. C’est à n’y rien comprendre, je suis la fille du maître et nul ne semble me voir. J’ai 11 ans et il est temps de me faire remarquer. Le mois dernier un plan simple s’est glissé en catimini dans mon esprit. Le Maure qu’hébergeait mon père m’a enseigné un truc fou. À l’aide d’un sirop rose et de petits grains translucides, il sait fabriquer des nuages roses immenses et savoureux. Voilà, c’est décidé, pour fêter l’Épiphanie, je fabriquerai le plus grand des nuages roses et je lui offrirai, oui, nous le dégusterons ensemble, il me prendra sur ses genoux, il me caressera les cheveux et il me dira à l’oreille combien il m’aime. La barbe à Papa se collera à mon nuage rose. Ma chère mère me pressera de déguerpir mais je ne bougerai pas. Nous resterons fascinés par ce nuage de sucre qui nous bouchera la vue. La neige alentour ajoutera à la féérie et mère pourra bien crier, nous ne bougerons pas. 
Ce jour-là, l’espace d’une épiphanie, je bâtirai la certitude de l’amour de mon père et ça me restera ma vie entière. Je suis prête, ma solitude est douce mais où donc ai-je mis la recette du Maure ? Dans mon carnet mauve caché derrière la bibliothèque rose ? Sur cette feuille volante où l’encre noire a coulé sur le vers final ? Le Maure était poète et “Mille alchimies ne peuvent être que blanche ou rouge”, me répétait-il. Le jour où il était parti, son regard avait pétillé quand il m’avait regardé une dernière fois, “Blanche tourterelle, quand tu seras triste, souviens-toi de mes nuages roses et le ciel te paraîtra bleu”, je sais maintenant qu’il a raison.