27.1.12

Le jeu qui grandit


Ateliers de la coquille
Saison 9 - 2011-2012 - n° 9 - 24 janvier 2012
Speed Stories - Cartes et cartao


Chauffe :  massage en ccouple et grands moments d’écoute de soi et de son corps…

J’aime inventer des jeux et je me méfie parfois de moi, oh ! Alors pour partir en voyage l’an dernier , j’ai conçu un jeu, un peu comme un bouillon cube, tout petit mais qui nous à permis de nous mettre en écriture-jeu à tout moment quand l’envie nous prenait. Depuis notre retour, je le peaufine, l’étoffe et le déhabille, je l’enrichis et le propose à l’édition. Une piste est là, à suivre… Je ne suis pas contre d’en suivre plusieurs.
Alors ce soir nous avons joué avec…

Mode d’emploi
Tirer une carte par famille, soit 4 cartes.
Écrire ou raconter l’instant unique qui se présente.
Cet instantané d’écriture ou de récits improvisés naît du choc provoqué par le tirage.
Le frottement des consignes crée un sens, il suffit de suivre le fil.

le jeu qui grandit 6


ATELIER DU 24/01/12


21 lignes - Vous - Objet féminin - Fiction 


Vous, bonnets B, C, D, E ou même F
En dentelle, broderie, soie ou simple coton
Etes fascinants et  bien utiles
(faut l’avouer parfois)
Vous faites des envieux :
Passer la journée collés aux poitrines….,
Vous êtes le cauchemar
Du jeune ado qui cherche maladroitement à vous dégrafer
L’air de rien, ou l’air du pro, selon l’expérience….
Vous devez être confortables, légers, souples
Tout en étant jolis, colorés.
Vous soutenez la féminité, le cœur des femmes,
Et, si vous n’êtes pas nécessaires chez les jeunes,
Les gros seins des plus agées, ceux qui tombent
Vous jugent indispensables .
Oui, vous, les soutifs, objet féminin essentiel
Etes dans toutes les armoires, de toutes les maisons,
De tous les pays.
Soutifs du monde entier,
Donnez-vous les bretelles,
Et faites fantasmer les hommes de tout âge. !!

Marie-Andrée

Le jeu qui grandit - 5




Nombre de lignes : 
Pronom : nous 
Point de vue : déesses 
Genre : carnet de voyage 

Nosotras, Las Yemayas, estábamos allí, las tres, sentadas en esas olas cristalinas, con una copa de sangría “sirenazul” en la mano. 
De repente, APARECIÓ, como salido de aquellos palacios de las mil y una noche. Nos quedamos, así, sin aliento, como hipnotizadas. 
SE PUSO A BAILAR Y A BAILAR Y A BAILAR Y A BAILAR POR TANGO. Y al verlo, nosotras, Las Yemayas, empezamos a volar 
por encima de la mar. 


Nombre de lignes : 
Pronom : on 
Point de vue : corporel 
Genre : carnet de voyage

Ojitos lindos iban, 
bailando bailando bailando. 
Bailando a compás.


Le jeu qui grandit - 4



Textes du 24 janvier 

7 lignes – Nous – Déesses – carnet de voyage –

A la recherche de notre futur,
car il est écrit que le royaume des Dieux s’éveillera sur la planète bleue,
 nous sommes arrivées sur  Terre,
 hier, 24 janvier 2012 : joli globe tout rond vu d’en haut.
 Nous avons RDV ce soir,
avec un monsieur qui se dit être le PDG,
le Président Du Globe.

21 lignes – Vous  – objet féminin - fiction

Vous qui êtes si doux
Quand nous sommes arrêtés,
Cajolant même lorsque vous m’en lacets
Pourquoi m’écrasez- vous si forts maintenant,
Plus pressé qu’un brigand ?
Grâce à moi , jamais vous n’avez rencontré,  ni le bitume ni la brume,
Je vous protège du blé comme du parquet 
Grâce à moi encore, votre individualité s’exprime le jour,
Et votre jumélité le soir, car je sais me retirer.
Pitié ra-lentissez !
Pensez à cette odeur nauséabonde
Qui émane de votre achille,
Les jours de solde en ville,
Je vous l’ai toujours pardonné.
Rappelez-vous cette poussée dure et déchirante,
Que vous avez planté dans ma chaire,
Traversant le corps d’un bas filet
Pitié, je vous prie : ra-lentissez !
Ou alors changez-moi dès maintenant.
Mettez cette nouvelle paire sportive et hâtive
Qui vous suivra à ce train là.
Moi, je vous le dis, j’en ai ras la botte de vous, mes très chers pieds !

Solenn

Le jeu qui grandit - 3



Atelier du 25 janvier 2012 :

LE JEU – CARTAO – SPEED STORIES

1/ Tirage commun : 7 lignes – Nous – Déesses – Carnet de voyage

Grands dieux , nous sommes perdues !
Lascives ou flamboyantes, éthérées ou lubriques,
Les mortels désormais ont déserté nos cultes.
Pour nous, plus de sacrifice, plus la moindre prière
De ce côté-ci de la Terre.
Gaïa est un journal, Vénus un cabaret et où que nous allions,
L’unique dévotion, la dernière oraison est pour la télévision

2/ Tirage individuel : Libre – Surnom/pseudo/sobriquet – Historique - Objet

La Griffe d’Arthur
La Fend-la-Roche
Déflore-la-Pierre
Rock-Around-the-Table
King Size ou la Faiseuse-de-Roi
Plus connue sous le nom d’Excalibur

3/ Tirage commun : 21 lignes – Vous – Objet féminin - Fiction

De vous à moi, j’avoue mon désarroi.
Princes ou crie-la-faim, soudards ou gentilshommes,
c’est une loi universelle, un graal, une ritournelle, ma vue vous ensorcelle.
Vos sens en émoi embrasent vos esprits jusqu’à les consumer
et votre cœur palpite dans cette course au trésor,
cette traque infinie au fond du labyrinthe.
Bienheureux celui qui me possédera,
qui acquerra le droit de démêler l’écheveau de sa chevelure
Elle l’a fait crier jusques aux confins du monde 
elle épousera celui qui saura, grâce à moi, la coiffer, la tresser, la natter,
bref défaire en combat singulier tous les nœuds
que dans ses cheveux de jais un terrible sortilège a semés
Poussée par le désespoir, ma Reine a tout essayé,
elle a même ordonné qu’on lui rasât la tête.
En vain, hélas.
Une hirsute tignasse infestée de vermine jaillit presque aussitôt,
attisant son tourment.
Moi, son peigne magique, j’attends celui qui saura éveiller
le pouvoir qui dort entre mes dents,
l’Élu qui vaincra le maléfice par la Grâce Divine.
Où êtes-vous ? Qui êtes-vous ? Je suis à vous…

Alfred

Le jeu qui grandit - 2



Les données : 21 lignes / je / journalistique / végétal

"Savez-vous qu'à moi tout seul je suis l'hymne à l'amour, à la joie de vivre, l'hymne à la créativité, à la prise de décision, l'hymne à la santé, au bien-être ! 
Savez-vous pourquoi ? Parce que je vous offre ce que j'ai de plus profond en moi, de plus noble: ma chair et mon sang. Je compte plus de 200 nutriments, des minéraux, des acides aminés essentiels et de très nombreuses vitamines.
Mais de grâce, pitié, ne me transformez pas en feuilles séchée, lyophilisées pour me réhydrater et me vendre comme un produit miracle. NON, NON, je me dois de garder toutes mes vertus, je me dois de rester vivant car telle est ma destinée sur cette terre. Ma plus grande fierté est de me laisser avaler par cette bouche aux gencives sensibles, de me laisser pénétrer doucement, lentement le long de cette gorge en feu d'où les sons ont du mal à sortir, de traverser toutes ces muqueuses que je répare, cicatrise, embellis, fortifie telle une couturière sur son ouvrage... Quel beau métier que celui-là !! Réparateur, enjoliveur, boosteur, embellisseur, décodeur, adaptateur...
Vous me trouverez dans des bidons d'1l infalsifiables, brevetés me protégeant de toute pollution électromagnétique pour moins d'1€ par jour. Buvez-moi, avalez-moi, serrez-moi entre vos doigts, enveloppez-moi et votre avenir sera des plus radieux ! Je suis l'aloe vera barbadensis ! "

Claudie

Le jeu qui grandit -1

Démeter, la belle Terre-Mère

Nombre de ligne : 7 lignes 
Pronom/nom : Nous  
Point de vue : Déesses 
Genre : Carnet de voyage

Nous, Demeter, Europe et Hera, allons cahin caha. Depuis 3 jours la forêt nous perd. À pieds, à dia, nous avançons. Demeter pleure son foyer, Hera s’agace. 
La forêt sait aussi nous accompagner, sans trace de magie, sans étincelle, rien, ni sort ni sortilège. Nous nous sentons presque humaine. 
Mais c’est plus fort, j’avoue fomenter au rythme de mes pas, le tour de génisse que je prépare pour ces apprentis du 20-21ème siècle.
Ça va meugler dans les étables.
Nombre de ligne : Libre 
Pronom/nom : Surnom, sobriquet, pseudo  
Point de vue : Émotionnel 
Genre : Intime

Certains disent de moi que je suis Couèque, autant dire innocentette. Kouèke, ça fait un peu africain : K-o-u-è-k-e. Faut toujours que je me disperse, j’aime me répendre, j’aime inondée les foules mais elles résistent. Elles m’aiment, me rejettent puis me recherchent. Quand elles se laissent aller, elles sont belles, un peu Kouèque quoi ! J’en profite pour en faire un peu plus et c’est la fête. Mais pourquoi donc me tournent-elles le dos en ce moment. Je suis la Joie sacrebleu. Tournez donc la tête vers la Kouèque, je suis la Joie. Dire qu’il ne me reste que l’autoproclamation pour être entendue et me dorer un peu la tranche, de joie, bien sûr !

Nombre de ligne : 21 lignes 
Pronom/nom : Vous  
Point de vue : Objet (féminin). La carte Féminin est tombée face ouverte en même temps qu’une main innocente tirait la carte Objet, nous avons suivi le hasard et opté pour un objet féminin) 
Genre : Fiction

Vous faux-cils, faux ongles, faux seins, vous êtes parures.
Vous me cachez, vous m’autorisez à me coucher sur papier glacé.
Mais vous, quand vous me touchez, vous savez me picorer, vous me raillez, vous m'ensorcelez.
Vous me dépiautez une à une les étoiles que j’ai accrochées à mes paupières ; vous m’arrachez les ongles un à un en poussant des cris de bourreau et ça me fait rire.
Quelle Kouèque !
Parures de pacotilles, vous pendez lamentables sur le bord de la table.
Pauvres faux-cils, vous ressemblez à deux larmes noires perdues sur un napperon brodé de rose.
Vous, faux-ongles perdus sur la moquette, vous êtes belles rognures mais rognures. Vous me dégoûtez un peu, abandonnés sur le dos, les bords en l’air, vous ressemblez à quelques barquettes échouées.
Il n’y a que vous mes faux-seins pour rester discret, quoique !
Mais, vous, qui me préférez au naturel, je vous dis merci de me faire si belle sous votre regard, vous avez du goût, vous !

Catherine

La déesse Eorope

23.1.12

Speed-Stories


Ateliers de la coquille
Saison 9 - 2011-2012 - n° 8 - 10 janvier 2012
Speed-Stories
Histoires express


Chauffe :  dynamique, auto-massage tout en grimaçant.

1 - Encore une urgence ! 
Sur la table, face cachée, 8 images à tirer au sort. À partir de chaque image, écrire pour chacune, un fragment ou une poésie ou une mini-histoire. 
Écrivez dans l’urgence, prenez une posture de coureur de sprint, l’histoire, la poésie, le fragment se dessinent au fur et en mesure des mots et des idées qui surgissent. N’essayez pas de construire,  agissez dans l’instant. 
De 5 à 7 mn par histoire, je donne le top et au prochain top, vous posez le stylo et vous faites glisser votre image vers votre voisin (pas avant mon top). Tant pis pour la fin du fragment, de la poésie ou de l’histoire (je vous préviens à - 1 mn).
Comme cette consigne va prendre 1 heure, il n’y aura que 2 temps d’écriture.
(lecture)

2 - Creusement tranquille
Choisissez un de vos précédents écrits et allez plus loin. Je reste volontairement imprécise pour vous rendre la liberté de creuser comme bon vous semble.

3 - Ça se discute
Entre urgence et contrainte et liberté et tranquillité

12.1.12

Speed Stories -7 images tournent - 7 temps d’écriture de 7 minutes

- 22
- Non, 23
- Qui parle ?
- Sais pas. 12 hommes sur une photo, deux regardent leur montre. Lancement ? Retard ? Synchronisation ? 3 ont la tête penchée. Penser à identifier le drapeau
- Tu me vérifieras le blond au fond, à moitié caché. Continue
- Tenue d’hommes d’état, un jeune loup au deuxième rang. Tu souris, je parie que tu le connais
- Continue
- 3 ont des lunettes
- Regarde mieux
- Les cravates ?
- Non
- La gomina ?
- Non
- La porte en bois
- Non, celui qui porte un polo rouge
- Ben quoi ?
- Tu ne le reconnais pas ?
- Non
- Regarde mieux
- Non
- Parfait, dégage
Catherine

C’est long, une minute de silence et surtout, faut pas tricher… Pourtant, le temps, c’est de l’argent !
- Oui, mais le silence est d’or, comme ma montre
- Fais voir ? Allez, montre-moi
- Non, j’aime pas qu’on lise l’heure par dessus mon épaule
- Tu sais, une montre, ça donne l’heure, c’est généreux ; tu peux donner l’heure sans rien perdre
- Si, justement, en donnant l’heure je perds mon temps !
- Tu parles, à peine une seconde
- C’est une seconde volée ! Pas question
- Tu mériterais qu’on te la vole, ta montre. Ouais, ça tu ne l’aurais pas volé
Alfred



« Vous croyez qu’on tue le temps ? »

« Non, c’est le temps qui nous tue ! »
« Même si l’aiguille est sur le deux ? »
« Oui, mieux vaut attendre un peu »
« Ces camions sont dangereux »
« Oui, faudra bien qu’ils réparent ce feu »
« un jour, un chauffard oubliera, c’est sur, qu’il doit s’arrêter à « et quart » 
Solenn


Mais non je ne regarde pas l'heure, je fais comme l'autre abruti à coté de moi. ça évite de passer pour un con. 
Mais qu'est ce qu'elle fou putain ... encore à nous faire attendre. Regarder l'heure pour passer le temps ... faut le faire quand même. 
Depuis qu'elles nous ont piqué le pouvoir, elles se vengent. 
Ah les salopes ! Elles nous ont laissé le costard et la cravate, pour le reste, on lambine, et nous font tourner en bourrique. 
Je compte jusqu'à 30. Quand la trotteuse arrive sur le 12, le lève la tête, fait un grand sourire aux photographes, tire sur la veste de mon complet, et prie dieu que cette connerie cesse.  
Yves

¡De prisa, de prisa! 
*¡De prisa! ¡De prisa! 
*¡Tengo prisa! ¡Tengo prisa! 
*¡Date prisa! ¡Prisa! 
-¡Anda! ¿Qué? ¿Corre prisa? 
*¡No tengo tiempo! 
*¡Y qué tiempo! 
-¿Vas con tiempo? 
*¡Qué no! 
*¡Que no tengo tiempo! 
*¡Y vaya tiempo! 
-¡Va! ¡Entonces ve! 
-¡Que son las diez! 
*¡Uy! ¿Ya las diez? 
*¡De prisa! ¡De prisa! 
*¡Tengo prisa! 
Rose-Marie


Schopenhauer, na, na, na, c’est moi qui sait, c’est moi la reine qui flotte au-dessus des grenouilles. J’ai coiffé la belle Céleste au poteau. C’est moi qui sait, c’est Schopenhauer, ben oui le philosophe. Bas les masques, les chiens hurlent à la joie, ce qui n’est pas le cas de Schopenhauer. J’aime pas Schopenhauer, je préfère Montaigne qui vous étrangle un “Moi” en moins de deux, rien qu’en observant le petit théâtre humain, c’est pas du hasard ça. Tiens, des notes de musique… et si c’était Beethoven ? Le temps est presque écoulé. Schopenhauer, Beethoven, j’ai plus qu’à sortir mes pendules et partir explorer des mondes nouveaux. Sur Schopenhauer, le pendule tourne à droite, sur Beethoven à gauche. Ça m’explique rien. Quelle heure est-il ? Plus qu’une minute. Vite un indice, le cœur là en-bas et les mesures. La mesure du cœur ? De la musique ? J’en sais rien. Si j’avais mon smartphone, je truanderais, non, bon. Allez, banco sur Schopenhauer.
Catherine

Saurez-vous trouver la clef de l’énigme ?
Saurez-vous faire tomber les masques ? Déchiffrer les codes ? Éclairer les mystères ? 
Le pendule tourne, oui mais dans quel sens ? Il éclaire deux faces du monde mais vous éloigne de mon cœur. La musique entre dans ma tête et je suis incapable de protéger l’enfant qu’une main mécanique menace de décapiter.
Mon chien s’était pris pour un homme mai sil a tombé le masque.
Le rayon vert…
Alfred



Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas.

Pourtant à l’horizon j’en aperçois le son.
Je devine parfois, au fil du temps, de grandes Lois.
Ah, ce n’est pas toi qui va m’aider brave toutou adoré.
Dire que sur ce brave type tu t’es jeté,
Et sans cœur, tu l’as déchiqueté.
Remarque que je sens bien là tout ton amour,
Quand tu me rapportes ton trophée.
Le secret du cœur est ainsi gardé, pour toujours.
Solenn

L'enfant n'a pas de maître. Il vit en pointillés. Pendant ce temps le chien regarde, rêvant de maîtriser le vieux fou qui l'ennui à vouloir se prendre pour dieu.
Yves

¡Uf qué follón! 
¡Vaya follón! 
¡Vaya desorden! 
¡Vaya rostro más raro! 
¡Vaya perro tan singular! 
¿Qué va escupiendo? 
¿La cabeza de De Gaulle? 
¡Qué vergüenza! 
¡Uy, qué vergüenza! 
¿Y no le da vergüenza, 
al perro ése? 
¿Y esta casita? 
¡Vaya casita tan chiquitita! 
¿Y estos bailarines? 
¡Pobres de ellos! 
¡Pobres bailarines 
pasados de moda! 
Rose-Marie

La petite fille aux oranges

L’enfant est seule. Ils sont partis la mine joyeuse en la laissant devant des oranges. L’enfant a demandé un chien, sa mère a répondu : “Tu n’y penses pas, ça salit trop !”.
L’enfant fait parti du décor, elle a compris ça depuis longtemps alors elle est sage, transparente, personne ne voit la lumière qui éclaire ses traits. Elle ne se plaint pas puisqu’elle ne sait pas que ça peut être autrement, qu’on peut avoir des amis et courir dans une cour de récréation. Elle, c’est sa mère qui la surveille de loin quand elle suit ses cours par Internet en direct avec la meilleure école polyglotte helvète. Elle est très bonne en Japonais, ça suffit à la rendre heureuse.
Catherine

- Clap ! Ikéa 3ème - Silence demandé - Moteur… Action !
La petite fille sage comme une image porte délicatement à ses lèvres le verre de jus d’orange concentré qu’elle déteste en ayant l’air de recevoir un sacrement.
Un rayon de lumière quasi divine vient éclairer doucement son visage. Devant elle, sur l'îlot central en bois faussement vieilli, recouvert de zinc et doté de tiroirs fonctionnels au prix de 239,90€, une pièce de tissus bleu fait ressortir l’éclat de deux oranges. Un pot à eau en faïence blanche aux formes généreuses évoque l’ancien temps, le bon lait, la campagne.
Le reste de la pièce est meublé d’un grand vaisselier à 1233,45€ assorti à l’îlot. Le sol carrelé et les murs bois et pierre accentuent encore l’effet rustique dont le point d’orgue est donné par une énorme cuisinière à bois à 3245€. Divers instruments type pots à lait et paniers à salade à 45€ prix maximum conseillé sont accrochés au plafond.
 - Coupez ! Qui est-ce qui m’a foutu ce putain de radiateur ?
Alfred

Mamie m'a dit : "Chérie, quand tu te lèveras demain matin, tu seras seule. J'ai une course urgente à faire et doit me lever très tôt. Il fera nuit, tu joueras l'endormie jusqu'au rayon de 9 heures, celui qui fend les persiennes et brise les derniers de ceux dorment dans la chambre bleue, celle que tu occupes. Tu feras rentrer le chat. Il attendra sûrement sur le pas de la porte. Je petit déjeuner sera prêt. Sers toi comme il te plaira. Tu es grande maintenant. Demain il fera beau. En attendant mon retour, la cuisine te fera la conversation. Ecoute là. Ne cherche pas d'où la voix viendra et garde les yeux baissés. Tu me raconteras.
Yves


Chiquilla en la cocina. 
¡Chiquilla! ¡Chiquilla! 
¿En qué pensarás sentadita a la mesita 
con tu vasito de leche en tu manita? 
Observas, pensativa, frente a ti, 
las dos naranjitas. 
¿Qué te contarán? 
¿De quién te hablarán? 
¿A dónde irán? 
¿A dónde te llevarán? 
¡Silencio! ¡Silencio! 
¡Caloooor! ¡Amoooor! 
¡Ay, corazón roto a tu izquierda! 
¿A dónde irán las risas de tu corazoncito?
Rose-Marie 


Les bidons rouges et la bicyclette noire

Son grand-père était dans le coton
Lui, il est dans les bidons
Des bidons rouge flamme
C’est bien là son grand drame
Il compte des fûts
Et le soir il est tout fourbu
Mais bien malin est le fainéant
Car il sait trouver allégement
Avec sa bicyclette noire
Il a lâché son désespoir
En imaginant les tonneaux
Comme autant de drapeaux
Claquant devant sa magnificence
Tout en applaudissant sa présence
Catherine

Regardez-la ma ville, elle s’appelle bidon et pour moi, ça roule. Tout roule. Mon vélo, bien sûr, mon instrument de travail qui m’aide à compter les bidons. Puis, le bidons eux-mêmes, évidemment, que je roule pour les aligner, pour mieux les compter, vous comprenez ?
J’ai été embauché parce que je suis Noir - très Noir - et mon vélo aussi. C’est comme un emploi réservé. On ne peu  pas me confondre, voyez-vous ?
Dans cette ville rouge et blanche en plein soleil, je me détache bien. Un Blanc, on pourrait le perdre et s’il virait au rouge à cause du soleil, pareillement. Avec moi, pas de risque, non non. Tout le monde peut vérifier que je roule et je compte, je ne tire pas au flanc.
Regardez-la ma ville, pleine de bidons.
On dit que moi aussi, je me suis fais rouler, dis-donc…
Alfred



Petite allumette cherche fuite pour embraser la planète .. et plus si affinité. 
... Site de rencontre interdit pour ces deux là. J'ai pas envie de sauter avec. S'il veulent s'envoyer en l'air, c'est leur problème.  Qu'ils avertissent et je prendrai mes dispositions. Gardien je veux bien mais pas question de terminer mes jours dans un endroit aussi affreux. 
Je passe mes journées à vérifier ces maudits bidons pour un salaire .. bidon. 
Les allumettes ne sont pas bienvenues, ni les briquets et autres allumeuses. Pas d'histoires !
Yves


El desgraciado de la bicicleta negra. 
¡Vaya pinta que tienes, 
hombre, 
en tu bicicleta negra, 
con tu pantalón negro, 
con tu camisa negra, 
y un no sé qué negro, 
en tu cabeza! 
¡Vaya pinta que llevas, 
hombre, 
tú, erguido, tieso, 
tieso como un ajo, 
en tu bicicleta! 
¡Vaya pinta que traes, 
hombre, 
allí, desesperado, atontado, 
en medio de la calle 
“Bidones rojos amontonados”! 
¡Vaya pinta hombre! 
¡Vaya desesperación! 
¡Vaya de ti! 
¡Vaya y vaya de ti! 
¡Si no sabes, 
ni por dónde andas! 
Rose-Marie


Photos à la nappe brodée verte sur table de bois
Non présentée
Nous n’étions que 7 à cet atelier avec 7 images qui tournent pour 7 temps d’écriture de 7 minutes

Les couleurs

Le peintre du dimanche  marchait le long de la Marne
La secrétaire étrennait bon bibi bleu assorti à ses chaussures ciel
L’enfant sage malaxait la terre au fond d’une flaque
Le chien roux reluquait l’oiseau vert au sommet du marronnier
La vieille femme parlait au pigeon comme chaque jour à 15h10
L’homme s’ennuyait rêvant à sa fiancée envolée
Et lui il regardait, demain tout disparaîtra
Catherine

Pigments ou colorants ?
Peinture ou confitures ?
La note bleue jaillit de l’image mais l’orange n’a pas dit son dernier mot.
Couleurs en poudre d’escampette, peintures en berlingots. On voudrait y goûter, y tremper la papille, au moins le doigt, sinon le nez. 
S’en mettre plein la vue, c’est de bon ton mais s’empiffrer de nuancier, c’est une autre partition, ça vous donne des frissons, parfois la chair de poule.
Tel un cocktail aux saveurs ultra-marines 
Alfred


Avec le bleu je peins tes yeux. Paupières d'azur, tu m'aimeras pour toujours. 
Avec le rouge je peins tes lèvres. Souris moi donc un peu. J'ai faim.
Avec le vert je peins ... tes ongles. Petit oiseau je me pose sur ta main, ouvre ta paume.
Yves


De mil colores. 
¡Latitas de colores, 
de colores! 
¡Latitas de colores! 
¿De qué color? 
¿Cómo? 
¿Qué? 
¿De qué color? 
¡Aaa! 
¡Aaa! ¿Que de qué color? 
Latita verde, 
como el verde, 
del “¡verde que te quiero verde!” 
Latita azul, 
como el azul 
de sus ojos. 
Latita naranja, 
como el naranjo 
de un patio Cordobés, 
grabado en mi memoria. 
Latita roja, roja, roja, 
como la sangre derramada. 
Y, ¿qué más? ¿Qué más? 
Rectángulos, rectángulos, 
de mil colores. 
Naranja. 
Amarillos. 
Marrones. 
Negros. 
¿Negros? 
¡Sí sí! Rectángulos negros. 
Negros como sus lágrimas. 
Sus lágrimas negras. 
Y, ¿qué más? ¿Qué más? 
¡Huellas! 
¡Huellas, Huellas! 
¡Y más huellas! 
Azules, violeta. 
Violeta, azules. 
Rose-Marie


Mathématiques chinoises

Le professeur Chang n’aime que les fleurs, les craies et les tableaux noirs. À l’université, on s’était habitué à sa petite manie matinale. Il arrivait invariablement à 7h. Depuis le parking, il descendait à l’étang aux nénuphars puis il baladait son regard lentement avant de le rentrer très profond au fond de son cœur. Quand il avait trouvé l’immobilité intérieure parfaite, il commençait ses mouvements. Fluide comme l’eau, l’air ne bronchait pas. Puis ses mains caressaient une dernière fois le ciel avant de revenir près de son corps et retrouver l’immobilité apparente. Il arrivait à la cafétéria à 8h30 pour plonger dans son thé et son casier, ensuite il partait vers sa salle de cours un sourire muet accroché à ses lèvres.  Là, il contemplait le tableau noir et vierge comme chaque matin, il observait attentivement ses craies puis il démarrait à toute vitesse et couvrait le tableau de formules, écritures et signes kabbalistiques en une œuvre toujours renouvelée qui illustrait sa vision du matin près de l’étang. C’était sa démonstration. À 9h tout était bouclé, les cours pouvaient commencer.
Catherine

Formules de Formose
Chinoiseries, grande muraille
Tableau en XXL
Démo qui excelle
Ça grouille, dépêchons
Épongeons les pongistes
Tamponnons Taipei
Pour passer de Taiwan
À taille Two
Deux cercles bridés
Il n’est jamais trop Tao
Pour un coup de torchon
Magistral
Le mandarin nous observe
D’un air docte
Alfred


Je suis maître du monde, maître de tout ce qui vit, en surface, autant qu'en profondeur. Maître des mots, de l'esquisse, du croquis, maître de la pensée profonde, maître en baliverne. J'écris ! Je sais lire aussi, dans toutes les langues, tous les idiomes. J'aime les bureaux où étaler mon savoir, poser mon éloquence. Accoudé, je me sens si intelligent, si sûr de moi-même que je n'ai besoin, ni de valet, ni de servante pour assouvir mes caprices. Je suis maître du monde ... toute la nuit, jusqu'au petit matin quand mon rêveil me somme de retourner à la réalité.
Yves


Del chino que tan chino era. 
Esta es la historia 
de un chino 
que daba clases 
de chino 
a unos alumnos 
chinos 
y tan chino 
era el chino 
que lo contaba 
todo en chino 
también lo escribía 
todo en chino. 
¿Y sabes por qué? 
¡Pues porque! 
¡Pues porque 
pensaba 
en chino 
también miraba 
en chino 
leía 
en chino 
hasta respiraba 
en chino! 
¡Pues sí que era 
chino 
aquel 
chino! 
¿Y qué le pasó 
al chino? 
¡Pues tan chino 
era el chino 
que chino 
se murió! 
Rose-Marie


Homme-Femme à la tête de…

L’homme à la tête de cerisier secouait son crâne. Chaque cerise en tombant colorait son corps de rouge. C’était sa saison préférée fin juin quand les fruits gorgées de soleil tambourinaient sur son corps jaune verdâtre, ça le relaxait. L’espace d’une semaine, il devenait le roi du verger et les oiseaient venait l’entourer de toutes leurs plumes. Comme la  fin du printemps est douce. C’est sa saison d’honneur, au commencement il est blanc et odorant pour finir pourpre et gourmand. Non, il n’est pas question de parler de l’été de l’homme à la tête de cerisier.
Catherine

Homme à la tête d’oursins ?
Saint à la tête fleurie ?
Idées qui bourgeonnent ?
Pensées qui bouillonnent ?
Qui sait ?
En tout cas, pas lui
Il ne peut pas se voir
Même en peinture
Il fonce bille en tête
Sans pouvoir s’arrêter
Même par jet de l’éponge
Il fait face et tombe pile
Il s’efface trait par trait
Il a la tête prise
Par ses pensées morbides
Ses rêves de chrysanthèmes 
Alfred



Le surréalisme l’avait pris

Un matin en sortant du lit.
Il avait d’abord peint son corps de bordeaux. 
Juste le haut. Puis coiffé sa tête d’algues en pelote, jusque sous ses yeux.
Il avait allumé la lumière, tenant dans ses bras un plateau sur lequel il y avait un bon café et des tartines, et réveillant sa femme il lui avait expliqué :  « chérie, ceci n’est pas moi ».
Solenn


J'ai fait les soldes aujourd'hui. J'avais besoin de tout. Il faut dire que la veille, j'ai vidé mon armoire et tout mis à la benne. N'avez vous pas rêvé un jour de repartir à zéro ... vestimentairement parlant bien sur. 
Voilà, juste gardé de quoi ne pas provoquer une émeute et risquer de me faire embarquer pour atteinte à la pudeur. De ma dernière carapace, je n'ai plus rien. En achetant le neuf, l'ai laissé ce qu'il restait de vieux dans les cabines d'essayage. 
Maintenant, je me sens bien. Tout neuf. Vous verriez mon nouveau bonnet. Un truc sensationnel. Bon, j'irai pas au ski avec mais dans la rue, on se retourne à mon passage et me sourit. Tout neuf, tout neuf, tout en habit, sans habitude. Je ne regrette pas, mais alors pas du tout. Je me suis habillé pour l'hiver, et, début juillet pour les soldes d'été, re-belote. Tous les six mois, je jette et je change. C'est un budget me direz vous. Oui et non. Pas plus que de jouer l'excentrique dans un coupé sport ou passer ses vacances à Marrakech.  Je hais Marrakech, c'est plein de touriste. 
Yves

¡Qué mujer tan rara! 
¡Mujer sin ojos! 
¡Mujer ciega! 
¡Mujer muda! 
¡De boca cerrada! 
¡Mujer de pelo extraño! 
¿Qué son esos picos, 
plantados en tu cabeza? 
¿Qué son esas bolas, 
horrorosas? 
¿Qué es lo que escondes, 
debajo de tu peluca, 
de tu peluca, de otros tiempos, 
de otros lugares, 
de otros espacios? 
¡Chss… Chss…! 
¡Vaya mujer! 
¡Sigue así! 
¡Silenciosa! 
¡Muda! 
¡Ciega! 
¡Sorda! 
Rose-Marie

9.1.12

Maison ou mini roman express

Ateliers de la coquille
Saison 9 - 2011-2012 - n° 7 - 12 décembre 2011
Maison ou mini roman express


Chauffe : “Dis, dessines-moi des maisons dans l’air qui nous entoure et petite visualisation vers trois maisons (immeuble, cabane, château, yourte et autres masures…)

1 - Notes documentaires 
Vous croquez les détails, les formes, les couleurs, vous n’avez qu’un carnet de note en main et vous amassez les détails en vue d’une prochaine écriture romanesque. 
Il s’agira plus tard d’utiliser ces notes.
Paysage urbain, maritime, montagneux, campagnard, qu’importe mais dans l’image il y a au moins une maison sur laquelle vous vous concentrez. C’est elle le sujet.
Croquez, notez, engrangez, amassez, visualisez, décrivez
Soyez luxuriants, soyez précis.
Décrire, c’est utiliser les mots pour produire une image, montrer l’image, l’émotion est dans la description, elle lui est attachée, à l’image et non pas au narrateur. 
Ya-t-il un narrateur ? L’image est-elle présentée brute ? L’objet (chose ?) observé est le personnage principal dans ce premier écrit.

Maison
Donc voilà, une maison est là, montrez-la nous comme vous le souhaitez.
Non, ce n’est pas forcément une des trois maisons visualisées ;-)

11 - L’arrivée du personnage
Vous en êtes au chapitre 3 de votre roman. Un personnage secondaire et cette maison entrent pour la première fois dans votre roman.
L’extrait se situe au moment où le personnage se dirige vers cette maison. Dans cet extrait, le personnage n’entre pas dans la maison.
À vous de nous présentez votre ton, vos couleurs, vos images, vos mots…

111 - Chapitre 9
Dans la maison (où ?), le personnage est dans une situation particulière…

1V - Avant dernier chapitre
Un hommage est rendu à la maison…
Poétique, journalistique, juridique, discours, papotage… Qu’importe la forme

Maison, roman express

Seul, notre vaillant Alfred a courageusement tapé son texte, bravo à lui, ah la la aux autres !

Atelier du 13/12/11 :
MAISON :  Roman-express
1/ Carnet de notes au sujet d’une maison


Maison en bois – Une roulotte devant, dételée. La porte en bois épais présente des ferrures formant volutes. La porte est verte, du même vert que la roulotte. Deux cheminées sur le toit à double pente – Un faîtage comme une raie au milieu et les cheminées en vis-à-vis – À mi-pente d’une prairie entourée de bois de feuillus – La maison est au bout d’un chemin bordé d’une haie vive de chaque côté ; - Quatre fenêtre s’ouvrent sur la façade, elles sont ornées de rideaux à carreaux vichy -  des bacs de géraniums éclatants sont posés sur les rebords. Les fleurs de l’étage tombent en avalanche rouge vif. Les volets sont ouverts, les huisseries sont peintes en blanc la façade est presque brune, couleur bois sombre. À l’angle, un chien attaché par une chaîne somnole dans sa niche au toit du même vert que la porte et la roulotte. En retrait de la maison, une grange en bois et un enclos où paissent deux chevaux alezans à la robe brillante. La printemps est bien installé et l’herbe abondante.

2/ Chapitre 3 du roman : un personnage secondaire et cette maison entrent dans le roman. Le personnage se dirige vers la maison mais il n’y entre pas.

La vieille 4L jaune brinquebalait sur le chemin cahoteux, évitant prudemment les flaques traîtresses qui pouvaient masquer des nids de poules capables d’engloutir un cycliste et son vélo. Le facteur jurait comme un charretier illettré contre le mauvais sort qui l’avait obligé à abandonner sa belotte pour venir délivrer un télégramme à la famille de moitié gitans qui avaient acheté la ferme des Capellans. Il était d’autant plus furieux qu’il n’avait rien compris au texte du message, vu qu’il était rédigé dans une langue aussi étrange qu’étrangère. Il n’aurait pas grand chose à rapporter en matière de potins.
Curieusement, la dernière partie du chemin était beaucoup plus damée et il parvint plus confortablement à destination. À son arrivée, un gros chien gris jaillit de sa niche et se mit à aboyer furieusement, tirant sur sa chaîne au point que le préposé jugea plus prudent de rester dans sa voiture.
Au bout d’une ou deux minutes d’aboiements, ne voyant aucun mouvement dans la maison, il décida de klaxonner pour signaler sa présence. Constatant que la longueur de la chaîne du chien le permettait, il ouvrit sa portière, intrigué par la présence d’une roulotte à la porte entrebâillée. La curiosité le rongeait et il s’y dirigea afin d’en inspecter l’intérieur. Surveillant la maison, il approcha, prêt à vérifier si la carriole ne recelait pas quelque matière à commérage.

3/ Chapitre 9 : Dans la maison. Le même personnage est dans une situation particulière…

Le regard affolé du facteur passait de l’un à l’autre des deux hommes silencieux qui barraient la sortie et l’observaient sans un mot. Leurs yeux noirs, leurs visages fermés, leurs vêtements sombres, la barbe drue qui mangeait leurs mâchoires carrées, tout en eux portait sur les fragiles sphincters du préposé. Il dansait sur sa chaise, se trémoussait de frousse depuis que les autres s’étaient retirés pour délibérer et décider de son sort. Comme il regrettait à présent d’avoir joué les curieux !
La femme qui semblait commander à toute la tribu avait été insensible à ses arguments ainsi qu’aux pauvres excuses qu’il avait bredouillées lorsqu’il avait enfin compris qu’il s’était fourvoyé dans un pétrin aux allures de benne à ordures. 
Il avait perdu la notion du temps, obnubilé par les grands couteaux négligemment passés dans leur ceinture en flanelle qu’arboraient ses gardiens avec un naturel qui ne laissait aucun doute quant à leur habileté à les manier. Par une fenêtre, il voyait les enfants démonter sa 4L de service, en éviscérant les sièges et toutes les garnitures, démontant la mécanique et lacérant les pneumatiques.
Cette ferme serait sa tombe, le facteur en était certain…

4/ Chapitre 29 (avant dernier) : Un hommage est rendu à la maison.

Une foule nombreuse convergeait vers la ferme des Capellans. Déjà, des commerçants opportunistes avaient installé leurs stands : sandwiches, boissons, plaques commémoratives, cartes postales et même boules à neige recouvrant une ferme miniature flanquée d’une roulotte. Rien ne manquait pour accueillir les badauds.
La presse et même la radio étaient là pour couvrir l’événement. La ferme des Capellans, haut lieu de la petite et de la grande Histoire, ouvrait ses portes au public. Un grand chien gris empaillé, des couteaux effilés, témoins des corps à corps héroïques et sanglants, le coffre où étaient scellés l’or et les documents, rien ne manquait de ce qui avait construit la légende de la désormais célèbre ferme. Enfin, sur la table de la salle à manger, sous une cloche de verre, trônait la casquette du facteur. 

Maison ou mini-roman, 2


1- Notes
Bord de rivière, derrière, au nord, un bois clair, des animaux y paissent régulièrement. Châtaigniers, chênes, hêtres et tulipiers. La maison est de bois et de terre. Elle est vieille et coquette, sobre aussi, des volets bleus pastel, fenêtres neuves. Sur la façade une antique glycine ourle la porte d’entrée. Deux grands tilleuls plantés à l’ouest assure une belle ombre estivale. Un cerisier. Une rivière coule à l’est, on l’entend avant de la voir en contrebas. Cette maison est habitée. Son crépis de chaux terre claire lui donne un aspect douillet. Une terrasse en bois. Un seul étage. Des rideaux verts aux fenêtres. Toit en tuile. Isolée, elle est seule au milieu de la campagne. Des nids d’hirondelles. Un atelier en bois, métal et verre la protège à l’est. À l’ouest, derrière le tilleul, un potager. 1 cloche de vache savoyarde sert de sonnette. Un enfant a laissé un cerf-volant au sommet du cerisier. Depuis il protège les cerises. Fin juin, la soirée n’en finit pas.

2 - Chapitre 3
Louis souffle dans ses mains. Les ficelles des bottes de foin lui ont cisaillé les doigts, il a chaud, soif. 
Louis souffle dans ses mains. Serge, Jeanne et Albert l’ont renvoyé en rigolant devant sa mine rouge et des doigts violets : “ Va donc à la rivière là-bas, tu verras une ferme, Odile t’offrira une menthe à l’eau.”
Louis souffle dans ses mains, l’eau de la rivière a éteint à peine le feu de ses doigts.
Louis souffle dans ses mains et regarde la maison aux volets bleus pastel s’agrandir alors même qu’il raccourcit ses pas.
Louis souffle dans ses mains, il a horreur de frapper chez des inconnus et il sait encore moins désobéir.
Louis souffle dans ses mains, la menthe à l’eau a raison de ses hésitations.
Louis souffle dans ses mains et espère apercevoir Odile dans son potager ou en train d’étendre son linge, il pourra ainsi tenter de l’apprivoiser avant de se présenter.
Louis souffle dans ses mains. C’est plus facile d’aborder quelqu’un dehors que de devoir frapper à une porte.
Louis souffle dans ses mains pendant que la ferme somnole. L’odeur de la glycine arrive jusqu’à lui, il aime cette odeur. Dans sa banlieue, il y a plein de glycines. Le courage remonte en flèche.
Louis souffle dans ses mains et un vol d’hirondelles plongent vers l’étable. Les rideaux verts ne bougent pas. Pas de chien a l’horizon, c’est déjà ça.
En montant sur la terrasse en bois, Louis tapent des pieds bien fort. 
Louis regarde ses mains et une immense envie de pleurer monte de son ventre.
Le nez sifflant, la larme au bord de l’œil, Louis balance un coup de pied dans la porte, mais il y a des jours où tout va de travers.
Louis, au lieu de rencontrer un bon vieux bois qui en reçu d’autres, se perd dans le vide d’une porte qui s’ouvre et s’écroule sur la margelle en pierre.
C’est ainsi que Louis se présente, couché à terre, grimaçant de douleur devant Odile.

3-  Chapitre 9
Louis n’aime pas cette chambre fleurie de myosotis bleues et blanches, une chambre pour fille pas pour lui. Son séjour dans cette famille tombée du ciel et d’une enveloppe ornée d’un avion rouge et or, laisse hésitant. Louis découvre l’étrange. Il ne sait plus comment agir. Doit-il les embrasser ?, faire un discours, cueillir des fleurs, baisser la tête et se taire, chanter une chanson, écrire un mot, partir en catimini ?
Ici ses repères de citadins ont volé en éclat, ses réflexions sont accueillis avec rires moqueurs et proverbes nouveaux. Louis ne sait jamais si c’est gentil, idiot, méchant, ironique ou formidablement juste !
Jeanne et Odile passent leur temps à le malaxer comme si elles fabriquaient du bon pain tandis qu’Albert et Serges ont la fâcheuse tendance à le confondre avec un punching ball.
Louis, le banlieusard, rompu à la solitude du gamin dont les parents travaillent et campent autour d’un divorce annoncé, n’a pas l’habitude de tant de sollicitude.
En suivant la ligne bleu des myosotis, Louis chasse ses questions et prend une décision ferme et joyeuse sans se douter de l’affront fait à Odile. 
Ce soir, je fais la soupe. Aussitôt, Louis imagine son plan d’action. D’abord, aller au potager, cueillir les derniers poireaux, arracher quelques oignons jeunes, des carottes. Avec les patates ramassées avec Serge, la sacrée découverte de la semaine passée, Louis se sent pousser des ailes de chef aux grandes toques. Des chefs tout blanc comme on en voit à la télé.
Louis ne fait jamais la cuisine, il réchauffe mais ce séjour auprès d’Odile qui veille avec amour sur ses casseroles, lui donne envie de tâter du légume. Il est 5 heures, ils rentreront vers 8 heures, Louis a tout son temps. En quittant sa chambre, Louis sourit au myosotis.

4 - Hommage
Louis Lantin, école Jean Jaurès, classe 1971, 17 sur 20.
“ Pas mal jeune homme, je vous lis :
Je mes souviens des nids d’hirondelles dans l’étable
Je me souviens des volets bleus
Je me souviens du cerisier et du tilleul
Je me souviens de cette soupe sans goût
Je me souviens de cette première fois…
L’instit s’arrête un instant, lui aussi suspend son temps
Je me souviens de la rivière
Je me souviens de la cuisinière à bois
Je me souviens du jaune des œufs
Je me souviens de mes mains rouges
Je me souviens, j’avais si mal
Hier, sa mère lui a demandé s’il voulait y retourner l’été prochain. Louis a dit oui. 
L’instit le fixe d’un regard étrangement doux, on dirait de l’amour. Louis a bien failli s’enfuir.
Catherine