22.2.12

Corps accord


Ateliers de la coquille
Saison 9 - 2011-2012 - n° 11 - 24 février 2012
Corps accord



Chauffe :  Solenn, jeune diplômée de sophrologie nous offre 30 mn de guidance (comment dire…) avant la chauffe qui commencera par un travail en commun.
Chauffe des mains en les frottant l’une contre l’autre vivement.
Montée des mains vers le haut du crâne et tapotements
Tirer les oreilles, cercles sur le plexus puis sur le ventre
Frottements vifs du bas des reins puis des cuisses, cercles sur les genoux, balayage des mollets.
Remontée au calme, au centre puis retour direct vers le haut du crâne
Descente intérieure crâne, cou, épaules bras, torse, jambes pieds
Dessinez à l’intérieur de soi un cercle, un carré, un rectangle.
Chacun dans l’ordre qu’il souhaite va maintenant dessiner ces figures sur le sol. 
Ce dessin des figures intérieures sur le sol sera effectué les pieds (avec l’aide des jambes). 
Le haut du corps reste immobile.


1 - Corps à corps
Écriture au présent, aucun autre temps n’est utilisé
Texte baroque, à vous de définir ce que baroque veut dire pour vous
Thème : La rencontre de vos entrailles avec ces figures imposées


2 - Lecture des définitions de baroque
3 lectures : murmurée, monocorde, vibrante

baroque (n.m.) : style artistique du XVIe-XVIIIe en Europe caractérisé par l'abondance et la liberté des ornements.
baroque (adj.) : excentrique, biscornu, bizarre.

Baroque vient de barrocco (adjectif portugais, « perle de forme irrégulière »).  
Le baroque est l’art du mouvement ; c’est une esthétique, une vision du monde, un comportement, une manière de réagir à une crise.
Il se caractérise par l’exagération du mouvement, la surcharge décorative, les effets dramatiques, la tension, l’exubérance et la grandeur parfois pompeuse.
Le baroque, au figuré, signifie bizarre, extravagant, sans valeur. 
La métamorphose et l’ostentation sont ses deux thèmes privilégiés.  
Le baroque excite les sens. 
Le baroque est une esthétique de la vie, celle de la vie transformée en art. 
Pour Bonnefoy, le baroque, c’est l’homme : il existe un homme baroque, il existe un comportement baroque. 
C’est une crise de l’expérience sensible. 
Cette crise concerne l’homme face à la nature, qui se sent décentré, solitaire. 
Le point de vue est : l’univers est corruptible, comme le corps.


3 - Rencontre Baroque 
Fort de la lecture, nous allons dans un texte de plus en plus baroque, imaginer les conversations entre nos entrailles, organes, os, viscères, veines… et nos pensées envolées.
Duo, trio quartet, quintet, symphonie, ça cause là-dedans.

corps accord 1



Allí, dentro de mí

Allí, dentro de mí,
Una luna llena
Luminosa y serena
Va observando cariñosa
El latir de mi corazón.
Abre tranquila, mi alma,
Dejando paso
A ese soplo de vida
Que fluye ya por mis venas.
Sigue andando,
Andando y caminando,
Caminando y andando,
Acariciando mi vientre,
Y se instala, mansa,
En este cuadro barroco
Que yo llamo,
Mi cuerpo.


¡Buenas noches!

  
El pulmón: - ¡Buenas noches Corazón!
                    ¿Qué tal anda tu pulmón?
El corazón: - ¡Anda mal, anda sin son!
            Dime tú, tío Pulmón, ¿qué tal va tu corazón?
El pulmón: - Ay amigo Corazón, él toca el acordeón.
El corazón: - ¡Uy, mira, tío Pulmón, aquí viene Miss Cutis!
                     ¡Qué doncella tan cursi!
             ¡Buenas noches Miss Cutis! ¿Te robaron la nariz?
Miss Cutis: - Tú sabrás mi corazón, si eres tú el ladrón.
El brazo:     - ¡Basta ya, -gritó el brazo- que os doy yo un porrazo!
Miss Cutis:  -¡Cálmese, amigo brazo! ¿Querrá decir, un abrazo?
El brazo:     -¡Cállate tú Miss Cutis o te hago una cicatriz!
Miss Cutis:  -¡Qué mal humor tiene el brazo, que rechaza mi abrazo!
La pierna:    -¡Dale si eso un guantazo, y yo le doy su porrazo!
El corazón: -¡Uy qué tierna va la pierna! Vaya de la pierna tierna!
El pulmón: - ¡Vale ya tú Corazón, y a ver si bailas al son, al son del bandoneón!

Textes de Rose-Marie Rayssac Hernández.

Corps accord 6


"Le bar roque - Roque-faille, Rockfeller, Roque brune... Je me présente: femme, taille moyenne, 1m61, yeux vert-noisette, chevelure mi-courte tirant le plus souvent vers le roux.... rousse, couleur pourpre suivant les heures de la journée. Tout ceci pour vous dire, Mesdames et Messieurs que cette description, somme toute sommaire, n'éblouit pour l'instant que votre vue à travers vos yeux ébahis.
Mais qu'en est-il de mon for(t) intérieur ? En ce moment précis je suis seule à l'admirer et à l'apprécier, à le ressentir du fond de mes entrailles.


Quel est le point, le lieu intérieur, le plus profond, le plus impulsif, le plus jouissif de mes entrailles ? C'est le sexe, mon sexe qui se trouve actuellement dans uncarré de désir. Est-ce un carré publicitaire ? Regardez, Mesdames et Messieurs, c'est à partir de cet emplacement que part la vie, le désir, le plaisir, l'orgasme, la brûlure, le vent, l'air, la pluie... Ou bien ce sexe se trouve-t-il dans ce carré parce qu'il est interdit ? Interdit aux moins de 18 ans, sens interdit, prison des sens, rien ne sort, rien ne rentre !!!! 

Et non ce n'est pas cela car le triangle porté par mon ventre montre de par son côté pointu, l'aire de jeux où je peux enfin écouter ces airs baroques joués par des musiciens malicieux, si sérieux dans leur tenue excentrique, mais laissant libre cours à leur imagination. Seul ce cercle au poignet droit représente toute cette retenue qui est en moi. Quand puis-je le laisser tomber à jamais afin que ma vie explose de mille feux et enfin laisser respirer ces entrailles qui ne demandent qu'à se libérer ?" 


Claudie

Corps accord 2


Atelier du 21/02/2012 

ÉCRITURE BAROQUE (and roll)


1/ Texte baroque écrit au présent. Rencontre entre vos entrailles, un cercle, un carré et un triangle.

            Je n’ai pas une tête au carré. Carrément pas. La grosse tête peut-être, la tête dans le cul souvent. Mais pas au carré. Carrément jamais. Ne me regardez pas avec ces yeux ronds ou bien je vais finir par vous avoir dans le nez.
            J’ai la tête bien faite, posée au sommet. Pas au sommet du triangle, au sommet du corps, au plus près du ciel, comme un soleil. J’ouvre les yeux, il fait jour ; je les ferme et c’est la nuit.
            J’ai le corps bronzé comme un carré de chocolat. Surtout quand je garde les yeux longtemps ouverts. Ma tête ronde éclaire mes épaules carrées pour pas un rond.
            J’ai le tronc anguleux, solide sur ses bases. À l’intérieur, chaque chose a sa place et chaque place se sent toute chose. Les viscères serrent les boulons à la tête carrée, au son des organes bien organisés.
            Mon tronc est tellement carré que sa base se confond avec celle du triangle isocèle qui recèle mon pubis, ma vessie d’airain et mon appendice à percussion, mon piston à coulisse qui cherche la troisième dimension.
            Comme vous voyez, j’ai l’anatomie géométrique, une trique de géomètre et je garde la tête bien vissée sur les épaules.


2/ Imaginer les conversations entre les entrailles, os, viscères et les pensées envolées du moment. Duos, trios, … ça cause.


- C’est ça, casse toi pauv’ conne ! Tu te prends pour qui ? T’es pas sortie de la cuisse de Jupiter, tout juste d’un cerveau Alzheimer.
- Mais c’est injuste ! J’ai le droit de vivre ma vie. Je suis légère et je m’envole comme toutes les pensées. Si vous saviez comme j’aimerais parfois être aussi utile, aussi indispensable et vitale que vous, les organes.
- Ouais, tu dis ça pour nous amadouer mais je suis sûr que tu nous prends de haut et qu’à la moindre occasion tu t’en iras papillonner.
- J’aimerais tant être entendue et comprise. Bien sûr, parfois on me dit que j’ai du poids ou bien que je porte mais je sais bien que je suis futile et la plupart du temps sans importance. La preuve, je vois bien tous les efforts que vous faites pour me faire taire sous prétexte que c’est moi qui empêche le Nirvana. C’est bien le signe qu’on ne m’aime pas…
- Ma foi, c’est pas faux. Les pensées, ça vous met la rate au court-bouillon, ça vous fait faire de la bile jusqu’au haut-le-cœur.
- Oui mais moi, une seule d’entre-elles me met en émoi et me fait me redresser tel le cyclope au casque luisant. Les pensées qui volètent me rendent volage et je m’y connais en Nirvana.
- Faut reconnaître, certaines font battre le cœur et d’autres sont à couper le souffle
- Sans oublier celles qui font chier !
- Si vous saviez comme c’est frustrant de naître ou d’échouer dans un esprit paresseux. On se sent déformée, ou bien mal foutue, avortée ou incomprise. Heureusement que parfois nous germons comme une perle dans un cerveau qui nous peaufine, nous cajole, nous laisse le temps de grandir, de nous épanouir puis nous partage en nous disant, nous écrivant, nous chantant même… Nous ne sommes pas toutes égales face aux hommes. Un jour, peut-être, aurons-nous toutes les mêmes chances ?
- Ben moi, j’ai vécu deux fois parce que j’a été greffé. C’est quand même plus fort que n’importe quelle idée, non ?
- C’est pas plutôt un coup à devenir schizophrène ?
- En attendant, une idée peut naître au même moment à plusieurs endroits différents. Moi j’appelle ça de l’ubiquité !
- Oh moi, depuis que j’ai entendu dire qu’on pouvait mourir pour des idées, je me demande si penser ne serait pas une maladie, alors dans le doute je préfère éviter.
- Je crois aussi que ça vaut mieux pour tout le monde ! On a malheureusement vu les dégâts causés par les hommes qui pensent avec leur bite.
- Viens le dire ici, connasse ! je te crache dessus ! Je te pisse à la raie !
- Du calme ! Du calme ! Vite, apportez une pensée lénifiante, la paix, le sommeil ou bien quelque chose à ruminer, une feuille d’impôts spécial débandade ou des affiches électorales, c’est radical !
- Et toi, on ne t’a pas entendu, qu’en penses-tu ?
- Prout ! répondit le trou du cul

Alfred

Cors accord 3



Texte vaguement en lien avec le baroque académique

Ils arrivent conquérants. Le triangle argenté, lumineux comme une étoile filante se présente en premier. D’allure princière, il avance certain de son but, tout en changeant de direction sans arrêt. Il bouscule les tripes, se cogne aux omoplates, agite les poumons. Il rebondit comme une boule de flipper. La pente est rude et le voilà qu’il s’épuise au genou droit, se calme et se fait oublier. 
Le cercle d’or profite de l’aubaine pour se montrer. Là, nous sommes en pleine royauté, c’est chaud, chaleureux, grandiose. Le cercle est derviche tourneur. Paisible, il va de l’épaule gauche au plexus. Devant, derrière, le cercle redescend sur chair, un trouble vient ralentir sa ronde, il perd de sa superbe. Le petit cercle s’effraie, il s’interroge : “Où est ma place ?”. Il s’étiole, cesse de tourner et devient tout petit, tout fragile, tout mordoré. Alors le diaphragme généreux, l’appelle vers sa voûte céleste : “Hep petit, viens là entre côte et plèvre, viens tourner par ici, ça fait bien longtemps que je n’ai pas senti la chaleur d’un cercle dans la région. De bonne mémoire, je sais que ça me fait du bien, allez petit, viens dans mon repli, viens faire des volutes près de mon cœur, viens jouer avec le rouge et le noir”. Le cercle par ses mots alléchés se redore sur tranche et s’installe à la place dite. Son ronronnement réjouit tripes et nerfs qui en soupirent d’aise. 
Pendant ce temps, le carré joue du cligno. Il apparaît, disparaît, hésite et fait la gueule. “J’ai une tronche de paquet mal ficelé. Ils m’auront pas, je joue pas, j’ai rien à faire dans cette carcasse”. Par moment, une glande derrière l’oreille le voit distinctement mais la place est trop exiguë pour un grand carré comme lui. Il se planque bien un instant dans mon mollet droit qui le prend mal et profite de l’aubaine pour tendre muscles et tendons pour l’envoyer bouler. Et voilà notre carré gros Jean toujours râlant. “Personne ne m’aime ici” “Mais si, lui susurre la 7ème dorsale, viens donc ici, il y a équilibre et espace”. Elle sourit calme et détachée. Je ne pourrait pas dire que le carré est séduit mais lâche du lest, il prend du volume et le voilà qui avance et s’installe, un peu flottant sur la dorsale. Il lui manque peu pour se prendre pour les ailes d’un ange au repos.

Est-ce plus baroque ?

“Hé pucette, t’es pas plus grosse qu’une poussière d’étoile et faut toujours que tu gueules”, s’insurge la thyroïde à l’encontre de la 6ème cellule du foie, lobe gauche, au fond à droite. Fière, la pucette continue à haranguer les foules : “Mes sœurs, sortez voiles et mantilles, ce soir il sort. Vous le connaissez, il nous oublie à chaque fois. Il va encore s’envoler de discours en idées folles. Il se rengorgera de concept, s’épuisera en rhétorique et rira de ses bons mots”. “Tu peux pas lui foutre la paix”, rétorque la fistule. “T’es qui toi ?”, interroge le gros orteil. “Tu parles d’un voyageur”, soupire un poil de la raie, un pauvre hère sans cesse tiraillé. “Ah, parce que toi, vu d’où tu regardes, tu vas nous donner des leçons d’explorateur”, rigole le gras des hanches. “Qui nous connaît ? Qui a voyagé dans la galaxie aux mille couleurs, aux sons voluptueux ou graves. Qui sait voler de la pointe du cheveux au fin fond des ongles du pied ?”, philosophe le gros. “Nous, s’écrient en chœur globules blancs et rouges, membranes unies.” “Regardez-moi”, répond le nerf sciatique en se tendant comme un arc, paralysant notre hôte larmoyant. “Qu’importe le voyage pourvu que j’ai le récit”, poétise la flore intestine en déployant ses bouquets roses, ornés de tulle et de brocard. “Moi, j’aime bien ma place, flagorne l’index en dessinant belles arabesques, je me déplace au gré des pensées et de leurs envies. J’ai un don de double vue. Intérieur-extérieur sont en moi réunis”. “Que nenni, vil visiteur, s’enorgueillit l’oreille en jouant du tympan et de la trompe d’Eustache, moi j’entends tout, le dedans et le dehors, c’est moi qui suis partout”. “Mouais, tu restes quand même bien intellectuelle”, temporisent les facias.
“Mais, qu’est-ce qu’elle fout là ?, signale un cil. Une pensée avance en catimini, elle joue les discrètes pour mieux s’imposer au moment voulu. Son idée fixe, faire régner l’ordre dans ce qu’elle appelle un capharnaüm. “Encore une qui se prend pour le nombril de l’être”, ricane l’estomac décidé à ne pas avalé la couleuvre, si elle insiste, je balance l’acide. Du bon, du souffreux, du qui l'inquiète immédiatement.” “Ô oui, notre maître est bien douillet”, soupirent les amygdales habituées à ne pas la ramener, tant leur vie dépend du moindre rhume. “Il croit qu’on compte pour du beurre, renifle un petit ganglion compressé entre peau et mâchoire. S’il insiste, on s’enflamme et il verra qu’il est temps de nous draine un peu”. “C’est pas fini vos envies révolutionnaires, clame la rate, ya plus urgent, il attaque l’eau de vie.” Un silence consterné accueille la nouvelle pendant que le liquide brûle la tranchée et inonde le pilore qui couine comme un malheureux.
Voilà comment ces niaises de pensées ont repris le dessus et ont trouvé tout un tas d’excuses à l’ivrognerie de l’homme. Chaos là-dedans. Les muscles s'alanguissent, les os frémissent, les viscères se planquent pour fomenter quelques diarrhées vengeresses. Ça tire à hue et à dia jusqu’à ce que Morphée, une déesse droite dans bottes, reprenne les rennes des pensées folles. Elle balance toute sa puissance sur corps et esprit enfin réunis dans l’oubli. Confiant, ils s’abandonnent à la vie qui répare jusqu’à ce que mort s’ensuive mais ceci est une autre histoire.
Catherine

corps accords 5


Texte 1 :

Jaki le petit triangle vit sur la pointe d’un nez. Il vient de fêter ses cinq ans. Son jeu préféré : attrapper un poil de nez, s’y suspendre comme à une balançoire et sauter, d’une narine à l’autre. La famille triangle vit depuis toujours au  bord du nez. Maman triangle y cuisine de délicieuses crottes de nez tandis que papa triangle passe la tondeuse dans le jardin-poils de nez. Pierre, le cadet des triangles, vient de fêter ses 17 ans. Il a décidé, lui, de partir au bord du gros orteil. Là-bas, dit-on, il existe une tribu, une tribu où rien n’est interdit et d’où, paraît-il, on peut toucher la terre ferme. C’est la tribu des carrés. Seulement, Pierre doit traverser le passage des entrailles. C’est un terrible passage, noir et dangeureux, duquel on est peu sur de revenir.
Pierre se rend au cercle du voyage et ensemble, le triangle sur le cercle, ils s’aventurent dans le passage des entrailles. Pierre tombe du cercle, s’accroche au gros colon,  nage dans les entrailles jusqu’à ce qu’un nouveau cercle apparaisse.
-       « C’est l’oncle Bilique ! » reconnaît Pierre.
-       « Oncle Bilique, emmène moi au bout du monde, le monde d’en bas, celui où vit la tribu des carrés, s’il te plaît... » supplie Pierre
-       « Il te faut retrouver ton cercle petit triangle. Va, je t’accompagne par la pensée, les vents te seront favorables. »
Pierre continue son chemin et  apperçoit son cercle, accroché au mât de l’esto. Il le rate en sautant.
-       « C’était jute un test, hein ? » lui lance le cercle bienheureux de le retrouver.
-       « Oui, allez, vient vite, je vois les entrailles qui s’ouvrent par là-bas, sortons et filons ! »

Texte 2 :


Sensations Corporelles. Sensations Coeur pour Elle. Je bats, je cogne, parfois même je m’emballe. Et c’est pour Elle. Oui, Elle : Elle mon tout, Elle mon toit, Elle qui vit tout, tout autour de moi.
-       « Tu m’entends là, quand je bats, dis, toi pour qui je bats, tu m’entends ? »
-       « Si je t’entends ? Ah ça oui je t’entends le Coeur. Et je le sais bien, va, que tu me veux rien qu’à toi, moi, la Peau. Tu es jaloux, tu es entêté, enragé, tu me fais vibrer et tu me fais suer. Souvent même, je voudrais me libérer de toi. Jamais tu entends, jamais je ne serai à toi le Coeur. Ma liberté, ma destinée, ma place est ailleurs. Entends ça le Coeur. »
-       « Nous aussi nous la caressons, nous l’aimons et jamais pour autant nous ne l’aurons ! Tu sais bien Coeur, que la Peau est plus libre que nous, qu’elle seule a connu l’Air. Nous les doigts, nous lui offrons son eau, sa crème, sa joie, et c’est à peine si elle nous regarde. »
-       «  Insolents ! Ingrats ! Je vous unis, je vous nourris et vous me tirez à vous, comme des enfants. Sans doute aurait-il fallu, un jour, que vous fassiez un tour, hors de moi, pour comprendre vous aussi, qu’il n’y a pas que vous, ni que moi. Comprenez mes amis que d’où je vous nourris, c’est un monde en soi. Vous ne pouvez même pas l’imaginez. »
-       « Vous ne pouvez même pas l’imaginez.  Tu me fais marrer toi Peau. J’en ai entendu parler de ton monde. Et je sais bien, moi, qu’il n’a pas la beauté de nos entrailles, la puissance de nos côtes, la jouissance de nos viscères, le fluide de nos eaux, la chaleur de nos veines, le rythme du sang, la magie du conscient, la source du coude, l’espace vital, riche et infinni, dans lequel je suis née moi, petite Hanche. Je ne veux plus parler avec toi Mère Peau, je préfère discuter avec ma soeur jumelle ! »
-       « Allons, allons mes amis, vous n’avez toujours pas compris. Moi le Sacrum, en vérité, je vous le dis, et combien de fois vous l’ai-je dis ? Que par mon sacrement, vos discours, vos paroles, vos regards, vos deux mondes, votre matière, la leur, la notre, LA Matière, est en réalité là même partout, la même pour tous. Nos viscères ne sont pas plus que le soleil, ni le soleil plus que nos entrailles. Croyez moi quand je vous dis que vous, eux et moi,  nous ne faisons qu’un.... foi de Sacrum ! »

Solenn

Corps accord 4


ATELIER DU 21/02/12


Dialogue entre les viscères, organes os et nos pensées du moment, 
dans un style baroque.

-Gloups !!, c’est fini ! Pas facile pourtant ! Ce biscuit était si croustillant qu’il a fallu que je me concentre pour le faire passer dans le bon tuyau. Je pense que mes amis les poumons n’auraient pas apprécié la moindre miette chez eux.
- C’est vrai, ils sont d’un maniaque ces deux !! Pas un débris, pas une poussière, seulement de l’air pur.
- Deux vieux garçons pas méchants mais un peu stricts, remplis de principes…..Des fois, rien que pour les énerver, je leur envoie un peu de fumée,
- Bien fait pour eux, ça leur apprendra !!
-Remarque, en vieillissant, ils sont moins râleurs. J’ai l’impression qu’ils s’habituent, même qu’ils aiment ça.
- Pas étonnant, tient ! c’est comme tout. Tu n’aimes pas tant que tu connais pas. Et puis, un jour tu goûtes : oh ! pas mauvais !! …et puis tu regoûtes et…oh, mais c’est pas mal.
- Heureusement quand même que l’on me surnomme « estomac de béton » !! Tu me refiles des trucs à broyer un peu limite…Là, le croustillant était spécial mais j’ai pu mener l’attaque à l’acide de manière impeccable ! Dissous le croustillant !! Maintenant, j’envoie tout à l’intestin via le duodénum.
-Oh !! Arrétez de me faire tant bosser, moi, je vais craquer…Faut tout contrôler ici : l’arrivée de la bile, celle de l’insuline…c’est épuisant à la fin !!
- Cesse de te plaindre ! Y’en a un qui dit « bosser plus pour gagner plus », alors tu devrais être content.
- Mais même si je travaille plus, je ne gagne rien de plus.
- Si, si, le respect tu gagnes. Ici, tout le monde te respecte. Tout le monde te voue une reconnaissance éternelle de ne pas te voir en grève ou bouché.
- Le croustillant est tout mou, il peut passer dans l’intestin grêle. A toi de jouer mon vieux !
- J’ai les enzymes prêtes ! Envoyez la marchandise. Et coupe, dissèque les petites molécules, absorbe les un peu plus loin.
- Absorption, absorption, il faut s’y mettre à plusieurs…. Aller, les pompes, au boulot !! Le cerveau a besoin de sucre. Faut pas le laisser tomber celui-là.
- T’as raison, on pourrait se sentir mal s’il se met à déconner…
- Du sucre ! du sucre ! du sucre !
- Ca va… on a compris…ça arrive.
- Et pas trop d’un seul coup, s’il vous plait, sinon je vais me sentir mal !
- Ouf ! la ration est parvenue dans les bons délais aux bons endroits.
- Super ! On est quand même assez bons.
- Oui, je suis même fier de vous tous. Vous assurez quand il faut. Vous êtes beaux, performants, efficaces mes petits organes chéris.
- Bon, maintenant qu’il ne reste quasiment plus rien à tirer du biscuit, on peut passer le relais au colon. Il s’en débrouillera pour faire encore quelque chose.
- Et oui, je vais en faire des gaz aujourd’hui. Je me sens l’esprit péteur et puis ça m’amuse !
- Quel farceur ce colon quelquefois !!
Et tout ça pour que la machine continue à fonctionner, respirer,  se tenir droite, marcher, dormir, apprécier,  rêver, aimer….Vivre quoi !
Marie-Andrée

17.2.12

Papous Toulouse


Ateliers de la coquille
Saison 9 - 2011-2012 - n° 9 - 7 février 2012
Papous Toulouse

Chauffe :  massage groupe mais cette fois-ci, nous ne ressemblerons pas à une chenille, nous formerons une ronde…
2012, changeons les habitudes, j’ai écouté les papous dans la tête, j’ai mixé et ça donne des consignes librement inspirées pour nous ce soir
1 - MixText
Sur la table, face cachée, 5 chapitres d’un mini-roman à tirer au sort. 
Chaque chapitre comporte 7 consignes à dérouler sur un texte qui s'enchaînera avec le chapitre suivant comportant lui aussi 7 adjonctions que vous traduirez afin de poursuivre votre récit qu’il soit poétique ou narratif.
L’enjeu est de produire un texte qui se tient du début jusqu’à la fin. Si l’absurde apparaît dès le début, il sera genre tout au long de l’écrit. Même si un genre peut en contenir d’autres, le genre du premier chapitre donne le La.  Tenez la note malgré le refus a priori, malgré l’incompréhension qui fait la belle, lâchez tout ça et tenez la barre en laissant glisser l’onde.
Le minimum syndical est d’une phrase pour traduire chaque consigne. Le temps oscille entre 2 et 3 mn.
                                                              

Chapitre
Un homme écrit
Entre quelque chose de vivant dans le lieu où écrit l’homme
L’homme a une réaction absurde, incongrue
Une question est posée
Le monologue intérieur de l’homme le mène à un souvenir
Le souvenir, par un acte magique, chasse le vivant et s’enferme dans la tête de l’homme
Nommez, citez la chanson que l’homme se met à chanter pour conclure ce chapitre

Chapitre
Une femme démarre une débroussailleuse
Intervention animale
La réaction de la femme comporte deux actes précis
Transformation animale
La réponse suit la question
Quand le temps s’en mêle 
Passé présent, le doute subsiste

Chapitre
Quelque part un enfant est
Sa situation implique l’intervention d’un tiers
La situation se retourne
Un mystère apparaît
Une clé explique tout
Intervient une idée folle
L’idée folle illumine cette fin de chapitre

Chapitre
Une phrase factuelle
Une question
Une émotion se plante là
Un ruisseau n’arrange rien à l’affaire
Une négation
Arrive une action déterminante
Fin de chapitre sur un indicateur de lieu

Chapitre
Un instrument ou un outil ouvre ce chapitre
Un-e passant-e entre dans le récit
L’instrument-outil est utilisé de façon maladroite mais qui s’avère utile au passant
Le passant quitte la scène 
Qu’arrive-t-il à l’instrument ?
L’instrument-outil reçoit une aide inattendue
Concluez le chapitre par une morale

Satané serpent


Atelier du 7 février 2012 

LES PAPOUS DE TOULOUSE


5 chapitres de 7 phrases ou 7 fragments qui répondent  à une consigne et s’inscrivent dans un ensemble, une histoire, une poésie…

Chapitre I :

1 - Une femme démarre une débroussailleuse…

            Les ronces, au fil des ans, avaient envahi ce qui était la cour. L’accès à la porte et aux fenêtres était désormais interdit par de véritables barbelés naturels.
« C’est le monde à l’envers, se dit-elle. Dans le conte, c’est un prince charmant avec son épée qui libère la belle endormie. »

2 – Intervention animale

            Au premier vrombissement de la débroussailleuse, un lapin affolé détala en zigzagant entre les buissons, affichant sa petite queue blanche.

3 – La réaction de la femme comporte deux actes précis

Les dents acérées de la machine attaquèrent voracement les tiges épineuses dans un hurlement de moteur. La femme avança avec prudence puis s’arrêta pour ajuster ses lunettes de protection. « Pas question de faire une terrine de lapereau », pensa-t-elle, redoublant d’attention.

4 – Transformation animale

Un jet de sang gicla soudain sur le bas de son pantalon. Elle crut d’abord s’être blessée et attendit la douleur mais rien ne vint. Elle observa mieux la trajectoire de sa lame et découvrit, désolée, le corps convulsé d’une couleuvre décapitée.
« Pauvre bête, se dit-elle, excuse-moi, je ne t’avais pas vue. Pardon… »

5 – La réponse suit la question

« Je ne sais pas si je vais pouvoir continuer dans ces conditions. C’est un véritable massacre d’animaux et de végétaux. Cette ruine en vaut-elle la peine ? »
À ces mots, les ronces s’ouvrirent comme la mer Rouge devant Moïse et la Fée Gardienne des lieux salua la femme : « Ô toi, femme au cœur pur, dépose ton arme, tu n’en as plus besoin. Tu as su passer l’épreuve. Entre, tu es chez toi ! »

6 – Quand le temps s’en mêle

            Le ciel s’ouvrit, laissant briller un soleil radieux qui éclaira le chemin conduisant à la porte. Une douce chaleur baigna les lieux, comme un printemps précoce au milieu de l’hiver.

7 – Passé, présent, le doute subsiste

Le vantail joua sur ses gonds, laissant apparaître un grand et fier jeune homme, vêtu d’un pourpoint rouge et de chausses ajustées.
« Enfin, tu es venue, je t’attendais » lui dit-il.
Abasourdie, elle reconnut son père.


Chapitre II

1 – Un homme écrit

C’était mon père avec le corps et le visage que je lui avais vus sur ses photos de jeunesse
Le vieil homme relut le témoignage qu’il venait de coucher sur le registre du Temps, satisfait de son travail.

2 – Quelque chose de vivant entre dans le lieu où écrit l’homme

Un chat fit soudain son apparition. Noir comme la nuit, la queue à la verticale, il avançait nonchalamment, ses yeux jaunes rivés sur le grimoire que le vieux mage venait de fermer. « Bonsoir » le salua ce dernier.

3 – L’homme a une réaction absurde, incongrue

Les pupilles de l’animal se rétrécirent encore et sa queue se mit à fouetter l’espace.
« Mon Maître, pourquoi cette fureur ? Aurais-je failli dans la transcription du récit ? »

4 -  Une question est posée

« Stupide bipède ! feula le félin, qu’as-tu fait de l’histoire ? La maison s’impatiente ! »

5 – Le monologue intérieur de l’homme le mène à un souvenir

« Grand Dieu ! J’ai oublié la maison réalisa le vieillard. Elle était venue pour lui redonner vie et à ma vue, ma fille a oublié sa tâche. Pauvre de moi, pauvres de nous, une fois encore nous, humains, avons oublié tout ce qui vit et nous entoure. »

6 – Le souvenir, par un acte magique, chasse le vivant et s’enfonce dans la tête de l’homme

« Je dois laisser ce moment d’égarement s’enfoncer dans ma mémoire, oublier sans oublier, n’accorder à ce temps que sa valeur d’épreuve, ne pas le laisser envahir mon présent . » Il rouvrit le livre et entreprit de le lire à l’envers afin de conjurer la mémoire néfaste de son erreur humaine et se reconnecter aux choses, aux plantes et à tous les règnes qui l’entouraient toujours.

7 – Nommer la chanson qu’il chante en conclusion

Il renvoya les vieilles images au-delà d’un temps courbe en fredonnant le chant qui les accompagnerait là-bas, derrière l’arc-en-ciel, somewhere over the rainbow…

Chapitre III

1 – Un phrase factuelle

            La femme se précipita vers le jeune homme qui lui ouvrait les bras tandis que la maison tremblait sur ses fondations et que les ronces refermaient le passage.

2 - Question

« Que se passe-t-il ? » demanda-t-elle en se lovant sur la poitrine de l’homme.

3 – Une émotion se plante là

« Je devrais te gronder, tu n’aurais jamais dû être ici et la colère du maître va être terrible… »

4 – Un ruisseau n’arrange rien à l’affaire

Des larmes irrépressibles se mirent à ruisseler sur les joues de la femme et formèrent un torrent qui fendit le cœur du jeune homme déchiré entre son devoir et sa fille.

5 - Négation

« Nous ne pouvons pas rester là, il nous faut trouver une solution »

6 – Arrive une solution déterminante

Il la prit par la main, l’entraîna rudement vers le corps de la couleuvre qui encore se tortillait puis, retrouvant la tête de l’animal, il dégaina un poignard, taillada son poignet et celui de la femme, recueillit leurs deux sangs et s’en servit pour recoller les morceaux du serpent qui soudain reprit vie.

7 -  Fin de chapitre – Indication de lieu           

« Où suis-je ? fit l’animal, Que m’est-il arrivé ? Quelle est cette maison et qui êtes-vous donc ? »


Chapitre IV

1 – Quelque part, un enfant est

« C’est une fille ! » annonça la sage-femme en déposant le bébé sur le sein de sa mère.

2 – La situation implique l’intervention d’un tiers

« Cette enfant est maudite ! Ôtez-la de ma vue ! Ma fille a fauté et le fruit de son pêché n’a pas sa place sous mon toit. »

3 – La situation se retourne

« Soit, je m’occuperai d’elle ! » annonça le jeune homme fier au pourpoint rouge et aux chausses ajustées

4 – Un mystère apparaît

Il s’empara de l’enfançon à peine langé, le coucha dans un sac et partit dans la nuit, laissant le maître des lieux rager et tempêter.

5 – Une clé explique tout

La jeune mère en larmes s’adressa à son géniteur d’une voix soudain ferme. « La chair de ma chair est dans de bonnes mains puisque contrairement à moi, elle est avec son père et qu’il sait l’aimer. »

6 – Intervient une idée folle

« Vous pouvez me bannir, m’enfermer au couvent mais je jure qu’un jour, en un temps inconnu, ces deux êtres en ces lieux reviendront, chacun par leur chemin. Ils se retrouveront en ces murs afin d’y commencer la vie qu’aujourd’hui vous leur interdisez. »

7 – L’idée folle illumine cette fin de chapitre

            Le vieillard au grimoire, découvrant cette histoire, comprit que la prédiction s’était bien accomplie le jour où il avait retrouvé cette femme armée d’une étrange machine, qui l’avait reconnu au seuil de sa maison.


Chapitre V

1 – Un instrument ou un outil

            Le poignard sanglant, en tombant, se planta parmi les herbes et la couleuvre s’enroula autour de sa lame, formant un caducée.

2 – Un passant entre dans le récit

Un ange qui voletait découvrit la scène, ébouriffa ses plumes, pensant au paradis.

3 – L’outil est utilisé de façon maladroite mais utile

Invoquant Michaël, chef des armées célestes, il empoigna la dague et pourfendit la bête puis, s’adressant à la femme muette de saisissement, la salua comme la nouvelle Ève qui avait triomphé du mal.

4 – Le passant quitte la scène

« Je m’en vais vers les cieux pour chanter tes louanges et quant à toi, jeune homme, je te charge de la protéger toujours. »

5 – Qu’arrive-t-il à l’instrument ?

            Le vieux mage porta la main à sa ceinture où il retrouva le contact rassurant de son poignard d’antan.

6 – L’instrument reçoit une aide inattendue

Il l’ôta de sa gaine et caressa la lame toujours tâchée du sang du serpent.

7 – Conclusion et morale

« Et dire que moi, pauvre pomme, j’avais cru bien faire en donnant mon sang pour ce satané serpent… »



… et le texte au long :

Chapitre I :

            Les ronces, au fil des ans, avaient envahi ce qui était la cour. L’accès à la porte et aux fenêtres était désormais interdit par de véritables barbelés naturels.
« C’est le monde à l’envers, se dit-elle. Dans le conte, c’est un prince charmant avec son épée qui libère la belle endormie. »
            Au premier vrombissement de la débroussailleuse, un lapin affolé détala en zigzagant entre les buissons, affichant sa petite queue blanche. Les dents acérées de la machine attaquèrent voracement les tiges épineuses dans un hurlement de moteur. La femme avança avec prudence puis s’arrêta pour ajuster ses lunettes de protection. « Pas question de faire une terrine de lapereau », pensa-t-elle, redoublant d’attention.
Un jet de sang gicla soudain sur le bas de son pantalon. Elle crut d’abord s’être blessée et attendit la douleur mais rien ne vint. Elle observa mieux la trajectoire de sa lame et découvrit, désolée, le corps convulsé d’une couleuvre décapitée.
« Pauvre bête, se dit-elle, excuse-moi, je ne t’avais pas vue. Pardon…  Je ne sais pas si je vais pouvoir continuer dans ces conditions. C’est un véritable massacre d’animaux et de végétaux. Cette ruine en vaut-elle la peine ? »
            À ces mots, les ronces s’ouvrirent comme la mer Rouge sous les pas de Moïse et la Fée Gardienne des lieux salua la femme : « Ô toi, femme au cœur pur, dépose ton arme, tu n’en as plus besoin. Tu as su passer l’épreuve. Entre, tu es chez toi ! »
            Le ciel s’ouvrit, laissant briller un soleil radieux qui éclaira le chemin conduisant à la porte. Une douce chaleur baigna les lieux, comme un printemps précoce au milieu de l’hiver. Le vantail joua sur ses gonds, laissant apparaître un grand et fier jeune homme, vêtu d’un pourpoint rouge et de chausses ajustées. « Enfin, tu es venue, je t’attendais » lui dit-il.
Abasourdie, elle reconnut son père.


Chapitre II

C’était mon père avec le corps et le visage que je lui avais vus sur ses photos de jeunesse
Le vieil homme relut le témoignage qu’il venait de coucher sur le registre du Temps, satisfait de son travail. Un chat fit soudain son apparition. Noir comme la nuit, la queue à la verticale, il avançait nonchalamment, ses yeux jaunes rivés sur le grimoire que le vieux mage venait de fermer. « Bonsoir » le salua ce dernier.
Les pupilles de l’animal se rétrécirent encore et sa queue se mit à fouetter l’espace.
« Mon Maître, pourquoi cette fureur ? Aurais-je failli dans la transcription du récit ? »
« Stupide bipède ! feula le félin, qu’as-tu fait de l’histoire ? La maison s’impatiente ! »
« Grand Dieu ! J’ai oublié la maison réalisa le vieillard. Elle était venue pour lui redonner vie et à ma vue, ma fille a oublié sa tâche. Pauvre de moi, pauvres de nous, une fois encore nous, humains, avons oublié tout ce qui vit et nous entoure. Je dois laisser ce moment d’égarement s’enfoncer dans ma mémoire, oublier sans oublier, n’accorder à ce temps que sa valeur d’épreuve, ne pas le laisser envahir mon présent . »
Il rouvrit le livre et entreprit de le lire à l’envers afin de conjurer la mémoire néfaste de son erreur humaine et se reconnecter aux choses, aux plantes et à tous les règnes qui l’entouraient toujours.
Il renvoya les vieilles images au-delà d’un temps courbe en fredonnant le chant qui les accompagnerait là-bas, derrière l’arc-en-ciel, somewhere over the rainbow…


Chapitre III

            La femme se précipita vers le jeune homme qui lui ouvrait les bras tandis que la maison tremblait sur ses fondations et que les ronces refermaient le passage.
« Que se passe-t-il ? » demanda-t-elle en se lovant sur la poitrine de l’homme.
« Je devrais te gronder, tu n’aurais jamais dû être ici et la colère du maître va être terrible… »
Des larmes irrépressibles se mirent à ruisseler sur les joues de la femme et formèrent un torrent qui fendit le cœur du jeune homme déchiré entre son devoir et sa fille.
« Nous ne pouvons pas rester là, il nous faut trouver une solution »
Il la prit par la main, l’entraîna rudement vers le corps de la couleuvre qui encore se tortillait puis, retrouvant la tête de l’animal, il dégaina un poignard, taillada son poignet et celui de la femme, recueillit leurs deux sangs et s’en servit pour recoller les morceaux du serpent qui soudain reprit vie.
« Où suis-je ? fit l’animal. Que m’est-il arrivé ? Quelle est cette maison et qui êtes-vous donc ? »


Chapitre IV

« C’est une fille ! » annonça la sage-femme en déposant le bébé sur le sein de sa mère.
« Cette enfant est maudite ! Ôtez-la de ma vue ! Ma fille a fauté et le fruit de son pêché n’a pas sa place sous mon toit. »
« Soit, je m’occuperai d’elle ! » annonça le jeune homme fier au pourpoint rouge et aux chausses ajustées.
Il s’empara de l’enfançon à peine langé, le coucha dans un sac et partit dans la nuit, laissant le maître des lieux rager et tempêter.
La jeune mère en larmes s’adressa à son géniteur d’une voix soudain ferme. « La chair de ma chair est dans de bonnes mains puisque contrairement à moi, elle est avec son père et qu’il sait l’aimer. Vous pouvez me bannir, m’enfermer au couvent mais je jure qu’un jour, en un temps inconnu, ces deux êtres en ces lieux reviendront, chacun par leur chemin. Ils se retrouveront en ces murs afin d’y commencer la vie qu’aujourd’hui vous leur interdisez. »

            Le vieillard au grimoire, découvrant cette histoire, comprit que la prédiction s’était bien accomplie le jour où il avait retrouvé cette femme armée d’une étrange machine, qui l’avait reconnu au seuil de sa maison.


Chapitre V

            Le poignard sanglant, en tombant, se planta parmi les herbes et la couleuvre s’enroula autour de sa lame, formant un caducée.
Un ange qui voletait découvrit la scène, ébouriffa ses plumes, pensant au paradis. Invoquant Michaël, chef des armées célestes, il empoigna la dague et pourfendit la bête puis, s’adressant à la femme muette de saisissement, la salua comme la nouvelle Ève qui avait triomphé du mal.
« Je m’en vais vers les cieux pour chanter tes louanges et quant à toi, jeune homme, je te charge de la protéger toujours. »

            Le vieux mage porta la main à sa ceinture où il retrouva le contact rassurant de son poignard d’antan. Il l’ôta de sa gaine et caressa la lame toujours tâchée du sang du serpent.
« Et dire que moi, pauvre pomme, j’avais cru bien faire en donnant mon sang pour ce satané serpent… »

Miracle à la débroussailleuse


Atelier du 7 février


  1. Une femme démarre une débroussailleuse
  2. Intervention animale
  3. La réaction de la femme comporte deux actes précis
  4. Transformation animale
  5. La réponse suit la question
  6. Quand le temps s’en mêle 
  7. Passé présent, le doute subsiste

Chapitre 1
Devant la débroussailleuse, Jocelyne, les mains calées sur ses hanches, hésitait entre la drague et l’insulte. Billy the dog, habitué à une maîtresse spécialiste de la posture de l’arbre, tenait tout aussi fermement sa position couchée, la tête posée sur sur ses pattes avant. Soudain décidée à trouver un allié, elle appela Billy the cabot docile qui s’étira longuement avant d’avancer mollement vers elle. Reconnaissante, elle lui flatta l’encolure. Tous deux ragaillardis, il se tournèrent à nouveau vers la débrouissailleuse. Billy the dog, ennemi intime de tous les appareils électriques se mit à grogner. “Trop fort Billy”, s’écria Jocelyne saisit d’un eurêka, “Vas-y attaque”. Le chien, trop heureux de recevoir l’ordre tant  attendu, se jeta surexcité sur l’engin. “Vive les ronces”, gueula Jocelyne prête à aider Billy par quelques coups de pieds bien placés. Comme un bonheur arrive souvent accompagné, un orage vint pointer ses éclairs sur la vieille ferraille. “Merci, merci”, invoqua Jocelyne en courant vers la maison, suivie par un Billy heureux. 
Le nez collé à la vitre, Jocelyne tentait d’apercevoir l’œuvre de la foudre mais sa vue était brouillée par une pluie battante. Hervé serait bientôt de retour, viendrait alors le temps des contes et des légendes. Elle avait confiance en son sens de l’improvisation.
  1. Un homme écrit
  2. Entre quelque chose de vivant dans le lieu où écrit l’homme
  3. L’homme a une réaction absurde, incongrue
  4. Une question est posée
  5. Le monologue intérieur de l’homme le mène à un souvenir
  6. Le souvenir, par un acte magique, chasse le vivant et s’enferme dans la tête de l’homme
  7. Nommez, citez la chanson que l’homme se met à chanter pour conclure ce chapitre

Chapitre 2

Jocelyne aperçut la silhouette d’Hervé s’arrêter un instant devant la dépouille puis il se mit à marcher vivement vers la maison, entra et partit sans un regard s’installer à son bureau. Il saisit une feuille et se lança dans une écriture qu’elle jugea automatique, aïe ! Les mouches, agacées par l’orage, vrombissaient autour de son visage sans qu’il ne réagisse. Tout ça n’était pas de bonne augure. Hervé posa son stylo, secoua la tête et murmura en direction des mouches : “ Alors belles chieuses, vous avez détruit ma débroussailleuse, avouez, c’est vous.” “Ça va chéri ?”, gazouilla Jocelyne prise entre inquiétude et espièglerie. Hervé ne répondit pas, il était loin, loin d’elle, loin de cette maison. Il avait 15 ans, son père l’avait puni, il avait ordonné “Prend la débroussailleuse et va nettoyer les bords de la mare.” Il se souvenait des mouches qu’il chassait en lançant la débroussailleuse dans les airs. Il se souvenait du moment précis où il décida de lâcher la débroussailleuse en direction de la mare. Il se souvenait de tous ses mensonges lancés pour éteindre la fureur de son père. Il se souvenait muet devant Jocelyne recroquevillée sur le canapé. Doucement monta en lui quelques gouttes de joie venus du fond de la bouteille et là, il se mit à chanter : “Ah ça ira, ça ira, la débroussailleuse, elle nous aura pas.” 
  1. Une phrase factuelle
  2. Une question
  3. Une émotion se plante là
  4. Un ruisseau n’arrange rien à l’affaire
  5. Une négation
  6. Arrive une action déterminante
  7. Fin de chapitre sur un indicateur de lieu

Chapitre 3

Hervé s’approcha de Jocelyne et lui tendit une main décidée tout en posant un autre sur sa bouche en guise d’appel au silence. C’est un accident ?, demanda-t-il souriant d’un air juvénile. Jocelyne, bouleversée par cette perche lancée au dessus du silence, se mit à pleurer comme une enfant secouée par une lourde tristesse. Dehors la pluie avait formé des ruisseaux qui convergeaient vers la machine abandonnée. À aucun moment il ne fut question pour les deux ahuris heureux de voler vers sa dépouille. Tout au bonheur de cet instant inattendu, ils se retrouvaient, s’embrassaient. Une vrai régalade de tourtereaux. Tout ceci se termina bien bourgeoisement dans leur vieille chambre qui n’avais pas eu l’honneur de leurs galipettes depuis quelques calendes.
  1. Quelque part un enfant est
  2. Sa situation implique l’intervention d’un tiers
  3. La situation se retourne
  4. Un mystère apparaît
  5. Une clé explique tout
  6. Intervient une idée folle
  7. L’idée folle illumine cette fin de chapitre

Chapitre 4

Las des disputes maternelles, Damien, s’était réfugié sous l'auvent des voisins en attendant que les orages passent. La tête posée sur le rebord de la vieille chambre, Damien riait devant le déchaînement harmonieux du vieux couple quand sa mère lui tomba dessus furieuse. Jocelyne et Hervé s’arrêtèrent, les têtes dressées pendant que Damien détournait l’attention en rampant vers la débroussailleuse. Sa mère de plus en plus houleuse s’écria devant la débroussaileuse : “C’est toi qui a fait ça ?”. Damien se tut prudent. Il savait qu’il ne fallait jamais lui répondre quand elle grondait comme l’océan déchaîné. En guise de paix, il lui tendit une clé de 12 retrouvée au fond de son blouson. “Avec ça, je peux tout réparer”, annonça-t-il triomphant. “Fanfaron”, répliqua la matrone légèrement adoucie. L’enfant sans attendre pris des allures de Merlin et se mit à tournouiller autour de la débroussailleuse en poussant des cris de Sioux tout en accomplissant des gestes de chaman.
  1. Un instrument ou un outil ouvre ce chapitre
  2. Un-e passant-e entre dans le récit
  3. L’instrument-outil est utilisé de façon maladroite mais qui s’avère utile au passant
  4. Le passant quitte la scène 
  5. Qu’arrive-t-il à l’instrument ?
  6. L’instrument-outil reçoit une aide inattendue
  7. Concluez le chapitre par une morale

Chapitre 5

La clé de 12, véritable baguette magique envoyait mille étincelles vers le ciel. La vieille cascasse s’offrait en feu d’artifice. Occupé par son opération miracle, Damien ne vit pas s’approcher Charles, son beau-père, le grand chef de la fanfare municipale. Amusé par l’étrange danse du petit, Charles s’empara de la clé de 12 et entra en transe en martelant l’engin comme s’il s’agissait d’un tambour. Soudain repris par l’appel de ses trombones, Charles s’en fut aussi vite qu’il était apparu. La clé de 12 gisait maintenant sur le trilame en bas de tige, coincé entre le système de rotation et la base de la lame. Quand Jocelyne et Hervé sortirent pour retrouver leurs voisins, ils allèrent directement soulever la débroussailleuse pour la tendre à Damien : “Beau travail, à toi l’honneur, démarre-la”. Damien tout aussi convaincu, appuya sur le bouton et la belle après deux trois hésitations se mit à tourner comme une folle.
Comme quoi 3 fous peuvent ranimer bien des choses épuisées. Et que les débroussailleuses, faut taper dessus pour s’attendrir.