26.7.14

Quand les arbres murmurent


Jeune prétentieux plein d’espoir

J’ai une allure malingre, un peu tordue mais je suis jeune et plein de sève. De grands ancêtres veillent à ma croissance et l’environnement peu propice à la balade me protègent des humains et des amoureux trop prompts à graver leurs noms sur ma peau aux nuances blanchâtres. J’aime beaucoup la finesse de mon grain et quelques auréoles brunes ne font qu’ajouter à mon élégance. Comme vous pouvez le remarquer, je m’aime.

Je vous parlerais bien de ma frondaison mais j’ai la mémoire courte et en ce mois d’hiver, je suis encore chauve comme un poupon. Seules mes ramures sont autant de doigts de pianiste lancés vers le ciel comme une invite à une symphonie sylvestre. Car, voyez-vous, j’ai du vocabulaire et de la poésie à revendre grâce à un vieux chêne voisin qui n’a de cesse de m’instruire. Fort de ses 250 ans, il se fait un devoir de partager son savoir mais je l'écoute peu.

Jamais je ne vivrais aussi longtemps, je serais transformé en meuble pour coquette bien avant. J’imagine déjà son peigne d’argent sur ma planche centrale, celle débitée au plus près de mon cœur, là où ma cellulose s’alanguit. Elle me lissera du plat de la main en sortant du lit. Et qui sait ! Peut-être qu'un soir d’ivresse amoureuse, elle posera ses fesses sur mes nervures. Et là, je ne suis pas sûr de rester de bois. Mais je m’égare et j'adore ça.


Le soleil décline et me voilà ombre fantomatique, jeune pousse tremblant d’excitation. Le vieux chêne ricane à mes côtés. Il m’a raconté un jour s’être vu fier tonnier sur les mers déchaînées mais il ne fut jamais choisi. Un jour un bûcheron indélicat ou trop saoûl l’avait entaillé fort maladroitement. Depuis son tronc s’incurve bizarrement et lui donne une allure de sorcier peu avenant. Sa torsure me laisse de la place et je la prendrai. Ainsi un jour je parviendrai à la pleine lumière du soleil et laisserai éclore mes fleurs et mes fruits en mille couleurs éblouissantes.

21.7.14

Le jour où s'est accompli le 4-21



En ce lundi 21 juillet 2014, L'éclosoir à histoire me propose cette alchimie…


Nombre de ligne : 21 lignes 
Pronom : Elles 
Point de vue : Libre 
Genre : Fantastique


C'était un 21 juillet de l'an 93, un pendu avait choisi la voie directe. Son visage ressemblait à un poisson. Son dard dressé avait envoyé une dernière fois son foutre au ciel et lui donnait une allure de scorpion famélique. Elles le contemplaient, embrassaient ses écailles froides, encore, encore une dernière fois, elles s'abandonnaient. 

Elles sont restées longtemps coites, étrangement tranquilles et médusées. Puis, elles ont rejoint soumises le temple à l'intérieur de la forteresse interdite et balayé la maison. Elles ont ramassé poussières et cailloux, elles ont chassé les fantômes et convoqué les fées du logis. Elles ont traqué les odeurs, découvert des horreurs et se sont écroulées de malheur. Elles sont devenues samouraï, s'entraînant jour après jour, elles ont tué dragons et chimères. S'entraînant en toute sororité, elles ont décidé un matin de revenir vers le monde étrange qu'elles avaient quitté. 

Elles sont sorties, armées, telles des Amazones, carquois remplis, flèches affûtées. Elles ont chevauché sur de fiers étalons, découvert de nouvelles contrées puis elles se sont séparées. Certaines avaient repris goût à la vie dans ce monde mystérieux à redécouvrir, d'autres étaient retournées vers le temple, d'autres encore avaient défiés le monde en bataille inutiles, combien de mortes pour de si petits défis ? 

C'est ainsi que chemin faisant, elles avaient progressivement désobéi à la Loi de l'Union Sacré jusqu'à errer de nouveau, se cherchant les unes les autres, se perdant sur le chemin du retour au temple.

Ce n'est qu'en l'an 14 que l'une de celles qui avait choisi de vivre dans le monde du dehors aperçut un vampire qui se cachait dans sa cave. Alors, elle contempla son teint blafard, sa misère d'écartelée puis d'un coup tout lui revint : le visage du poisson au dard de scorpion, ses jeunes années d'apprentissage au temple, ses talents de déesse endormie et le souvenir de ses compagnes dispersées au quatre coins du monde. 

C'est au grand soleil de midi qu'elle ferma son logis, repris son bâton, renfourcha son étalon et pris la direction de la croix du Sud, là où brillent Las Tres Maria. C'est ainsi que put s'accomplir le Jour des Quatre 21 que seuls les initiés comprendront.

Ainsi commença le chemin de la Liberté, toutes allant les unes vers les autres. 

Pour Antoine



13.7.14

Les Ateliers de la coquille: Traduction instantanée

Traduction instantannée




Impromptu en ce 13/7/14 au lendemain de la pleine lune du cerf


Sur la table un mot : trahison
Il nous tourne autour, nous tourneboule, les convives discourent 
Alors en ce matin, nous avons sorti l'éclosoir et il nous a proposé d'envisager ce mot sous l'angle de 4 contraintes

12 lignes - Elle - Objet - Ésotérisme 

Elle s'offre à la vue, affecte les sens.
Posée sur un socle d'airain, elle brille de mille soleils au centre du chaos de l'éternel retour.
Souvent elle réclame épées et dragons puis elle œuvre à revenir vers la caresse divine.
Mais la, bien campée sur ses ergots, elle devine, se fourvoie, s'enterre pour ressortir en lune noire.
Elle en appelle aux codes d'honneur, elle fouille les racines mystérieuses jusqu'aux coagulations à dissoudre.
Alors parfois, elle se métamorphose, illuminée par quelques Kairos, en actes de réconciliation. En ces instantanés, elle prends ses bains puis s'endort, enfin calmée, elle peut cesser de traduire.

Je n'ai que mon texte, les autres sont papiers
Les vôtres peuvent se servir de la proposition et répondre à leur tour, ainsi fonctionne l'éclosoir à histoire.

Je réponds aux questions sur cet éclosoir à histoire, un jeu créé pour faire naître toutes sortes d'histoires jaillies de nos imaginations en liberté.

Je cherche aussi un éditeur. Que les liens et les histoires naissent et se croisent.